Quand la nature devient votre meilleure prescription

Camille Saint-Etienne

Étudiante à la maîtrise en santé publique

Quand la nature devient votre meilleure prescription

Camille Saint-Etienne

Étudiante à la maîtrise en santé publique

Devinez quoi? Il m'a été prescrit une balade en nature ! Au Québec, de plus en plus de professionnel·le·s de la santé reconnaissent les bienfaits du contact avec la nature sur la santé. Asseyez-vous à leur bureau et vous repartirez probablement avec une ordonnance prescrivant un temps à passer en plein air chaque semaine. En ville ou au grand air des parcs régionaux, il est possible de ressentir des bienfaits physiques et psychologiques. Mais quels sont ces effets, et qui peut prescrire de telles ordonnances? Enfilez vos souliers de marche, je vous l’explique !

Et si l’on prenait maintenant une grande bouffée d’air frais? Allons observer les oiseaux ou simplement nous asseoir au pied d’un arbre. Cela peut paraître anodin, mais il est montré que les personnes qui passent au moins deux heures par semaine en nature rapportent un meilleur état de santé et de bien-être. Dès les premières 15 à 20 minutes, il est possible d’observer une baisse de la pression artérielle, du rythme cardiaque et de l’hormone du stress : le cortisol*Passer du temps en naturec’est aussi renforcer son système immunitaire, stimuler sa mémoire et son attentiontout en réduisant son anxiété. Et inutile de s’envoler pour la forêt amazonienne : une simple promenade dans un parc urbain suffit pour en ressentir les bienfaits, tant pour la santé physique que mentale.

 

En effet, plusieurs études montrent que passer du temps dans les espaces verts réduit le risque de maladies chroniques, telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Être régulièrement en contact avec la nature facilite aussi l’atteinte des niveaux d’activité physique recommandés, diminuant ainsi le risque de surpoids ou d’obésité. Vivre dans un quartier verdoyant favorise également le sentiment de connexion à sa communauté, ce qui contribue à réduire l’isolement social.

 

Chez les enfants, les bienfaits sont tout aussi marqués. Ceux et celles qui jouent dans des cours d’école verdoyantes interagissent de façon plus coopérative et présentent moins de comportements agressifs que ceux et celles évoluant dans des cours moins végétalisées. Ces enfants développent aussi de meilleures habiletés motrices, ainsi qu’un équilibre et une coordination accrus lorsqu’ils et elles s’amusent sur des terrains naturels. Et, puisque les adultes restent de grands enfants dans l’âme, les escapades en pleine nature sont bénéfiques pour tous et toutes ! D’ailleurs, avez-vous déjà essayé les bains de forêt?

Pas besoin de maillot pour un bain de forêt

Les bains de forêt (« shinrin-yoku » en japonais) sont une pratique contemplative qui vise à faire l’expérience de la forêt à travers ses cinq sens. Il ne s’agit donc pas de faire de la randonnée, de ramasser des champignons ou encore d’identifier les arbres rencontrés. L’idée est plutôt de se promener en forêt en restant attentif à ce que l’on sent, entend, touche et voit autour de soi. La stimulation des sens par un contact direct avec la nature montre des effets positifs sur le bien-être. Garder les yeux grands ouverts sur les couleurs et les paysages aux alentours offre des effets relaxants immédiats. Il est également recommandé de prendre de grandes inspirations. Les arbres libèrent dans l’air de petits composés, appelés composés organiques volatils biogènes*, qui possèdent des propriétés anti-inflammatoires*, antioxydantes* et anxiolytiques* bénéfiques pour la santé. De même, avoir une écoute attentive sur le bruit du vent ou le bruissement des feuilles à chaque nouveau pas et toucher les écorces des arbres permettent de ressentir des effets calmants. Ceci dit, la dégustation d’éléments comestibles de la forêt, comme des baies ou encore certains champignons, n’est pas nécessaire pour vivre l’expérience des bains de forêt. Elle reste à votre entière discrétion !

Qui peut faire une prescription nature?

Au Québec, le personnel infirmier, médical, en physiothérapie, en ergothérapie, en travail social, en psychologie et en psychoéducation est autorisé à prescrire du temps à passer en nature. Plus largement, cette pratique s’adresse à l’ensemble des professionnel·le·s de la santé régis par un organisme de réglementation ou un ordre professionnel au Canada. Aujourd’hui, plusieurs de ces ordres reconnaissent et soutiennent la « prescription nature », une approche simple, accessible et peu coûteuse pour favoriser la santé et le bien-êtreÀ cet égard, le programme Prescri-Nature offre des formations et un accompagnement aux professionnel·le·s souhaitant intégrer cette démarche à leur pratique. Si vous consultez un de ces professionnel·le·s de la santé, il pourrait vous recommander des itinéraires de promenades en nature, que ce soit en milieu urbain, à proximité de votre domicile, ou dans des espaces naturels situés à l’extérieur de la ville. Les personnes qui prescrivent ces activités en plein air ont également parfois accès à différentes offres, telles que des entrées gratuites dans certains parcs ou des rabais. Ces avantages visent à réduire les obstacles financiers et logistiques qui pourraient limiter l’accès à la nature pour leur patientèle. Si cet accompagnement vous intéresse, partez à la rencontre de ces professionnel·le·s de la santé pour obtenir votre prescription.

Bâtir sa santé en nature

Même si certains programmes de santé visent à faciliter l’accès à la nature, tant sur le plan financier que géographique, cet accès demeure encore très inégalitaire. Le coût d’entrée dans certains parcs ou la nécessité d’un véhicule pour s’y rendre constituent des obstacles pour une partie de la population, comme la communauté étudiante. Il devient alors essentiel de promouvoir la nature en ville ! L’approche 3-30-300 part du postulat que chaque personne devrait voir 3 arbres autour d’elle, se déplacer dans des quartiers où 30 % de l’espace est couvert d’arbres et vivre à moins de 300 mètres d’un espace vert. L’urbanisme est étroitement lié à la santé et au bien-être, tant individuel que collectif. Ainsi, prendre soin de sa santé, c’est également inviter votre municipalité et vos élu·e·s à enfiler eux aussi leurs souliers de marche !

Lexique

Cortisol : Hormone produite par les glandes surrénales et libérée en situation de stress. Elle augmente la disponibilité de l’énergie en mobilisant le glucose stocké dans le foie et module la réponse immunitaire pour aider l’organisme à faire face.

 

Composés organiques volatils (COV) biogènes : Famille de composés chimiques émis naturellement par les plantes et présents à l’état gazeux dans l’atmosphère.

 

Anti-inflammatoire : Se dit d’une substance ou d’un traitement qui réduit ou prévient une inflammation, c’est-à-dire une réaction naturelle de l’organisme face à une agression, se manifestant notamment par de la rougeur, de l’enflure, de la douleur et de la chaleur.

 

Antioxydante : Se dit de substance qui réduit ou prévient les dommages causés aux cellules.

 

Anxiolytique : Se dit d’une substance ou d’un traitement qui réduit ou prévient l’anxiété.

Découvre l'autrice

Camille Saint-Etienne

Camille est étudiante à la maîtrise en santé publique à l’Université Laval. Après quelques années de pratique infirmière, elle a choisi de reprendre ses études pour se spécialiser en santé planétaire, un domaine qui explore les liens étroits entre la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes. Lorsqu'elle ne travaille pas à la bibliothèque, vous la retrouverez très certainement sur des sentiers de randonnée, en forêt ou au sommet d'une montagne !

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