Lier la mémoire chez les autistes

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Sacha Molderez

Étudiante au doctorat en psychologie

Lier la mémoire chez les autistes

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Sacha Molderez

Étudiante au doctorat en psychologie

Retenir le numéro de téléphone d’un ami et l’associer à son nom est une faculté mentale complexe. Cette capacité à faire une association entre différentes informations est un processus de la mémoire de travail. Contrairement à ce que certains chercheurs ont déjà avancé, Molderez et ses collègues de l’Université de Montréal (2018) ont montré que ce processus fonctionne normalement chez les adultes autistes.

Au Québec en 2016, on dénombrait 14 429 élèves autistes inscrits à la formation générale, soit 1 enfant sur 701. Il s’agit de la catégorie d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage la plus représentée au Québec. Mieux comprendre la nature des difficultés d’apprentissage chez cette population occupe donc une place importante dans les études en autisme. Connaître les capacités cognitives qui sont intactes ou touchées dans l’autisme permettrait de développer de meilleures interventions thérapeutiques et méthodes éducatives pour ces personnes. Parmi ces capacités cognitives, la mémoire de travail nous permet de garder en mémoire à court terme des informations suffisamment longtemps afin de les manipuler et d’accomplir une tâche. À l’Université de Montréal (UdeM), Grot et ses collègues (2016) ont créé une tâche évaluant la capacité à faire des associations entre différentes informations et à les retenir, appelée le binding. Cette capacité fait partie des fonctions de la mémoire de travail.

Il est important par exemple de créer une association consciente entre le feu de signalisation vert et le fait de pouvoir traverser la route.

Le binding

Dans l’environnement d’un individu, les choses ne possèdent pas une caractéristique unique, mais plutôt de multiples caractéristiques2 (exemple : un arbre possède différentes couleurs, une forme particulière, une certaine taille, …). La capacité d’un individu à faire des associations entre ces différentes informations s’appelle le binding, lequel est constitué de deux formes3. La première – binding passif – permet à l’individu de créer des associations automatiquement, sans devoir faire d’efforts. Par exemple, lorsque nous déposons nos clés sur la table du salon, une association automatique se crée entre ces deux éléments. Cela nous permettra de savoir que nous les avons déposées sur cette table, plus tard quand nous les chercherons. La seconde – binding actif – demande un effort conscient de la part de la personne afin de faire un lien entre les informations. Il est important par exemple de créer une association consciente entre le feu de signalisation vert et le fait de pouvoir traverser la route. Quotidiennement, les deux formes sont utilisées. Cette capacité à créer des associations entre différentes informations est très importante afin de former les souvenirs4.

Connaître les capacités cognitives qui sont intactes ou touchées dans l’autisme permettrait de développer de meilleures interventions
thérapeutiques et méthodes éducatives pour ces personnes.

Fonctionnement normal du binding dans l’autisme

L’autisme est un trouble neurodéveloppemental. Cela signifie que ce trouble apparaît durant la période de développement de l’individu5, allant de la naissance à l’adolescence. Ces dernières années, les chercheurs se sont intéressés à un aspect bien particulier de l’autisme : le développement atypique des fonctions cognitives. Parmi celles-ci, l’indispensable mémoire de travail, celle qui permet de retenir un numéro de téléphone tout en discutant avec une personne, ou nous permet de résoudre mentalement un problème mathématique6. Or ce type de difficultés est parfois rapporté chez des personnes autistes. Les chercheurs ont rapporté que lorsqu’une association entre différentes informations devait être mémorisée, par exemple lorsqu’un lien devait être fait entre une couleur et une forme, les adultes autistes ont plus de difficultés7. Ces derniers ont également moins tendance à utiliser les relations entre les informations présentées. Ces résultats laissent croire que les personnes autistes auront plus de difficultés dans les tâches évaluant le binding actif, qui nécessite l’association volontaire d’informations. C’est pourquoi les chercheurs s’attendent à retrouver des difficultés en binding actif chez les personnes autistes.

Une récente étude réalisée à l’UdeM par Molderez et ses collègues a donc tenté d’évaluer la capacité d’adultes autistes à retenir des associations déjà créées (binding passif) ainsi que de nouvelles associations qu’ils devaient eux-mêmes effectuer (binding actif). Au regard des résultats de l’étude, les chercheurs ont conclu que les adultes autistes n’avaient pas de difficultés au niveau des deux formes de binding. La tâche utilisée comprenait des mots et des cercles de couleur8 et était effectuée en trois parties. Dans la première partie, les participants devaient seulement se souvenir des mots et des cercles de couleur présentés séparément à l’écran, n’impliquant donc pas d’associations. Ensuite, les participants devaient se souvenir d’associations déjà créées (mots présentés dans les cercles), évaluant ainsi le binding passif. Enfin, les participants devaient créer une association entre les mots et les cercles de la même couleur. Cette condition évaluait le binding actif.  Cette étude est la première à évaluer séparément les deux formes de binding et permet d’élargir nos connaissances sur le fonctionnement de la mémoire de travail dans l’autisme.

Une récente étude de Sasha Molderez et ses collègues a tenté d’évaluerla capacité d’adultes autistes à retenir des associations déjà créées (binding passif) ainsi que de nouvelles associations qu’ils devaient eux-mêmes effectuer (binding actif).

Une avancée pour les connaissances sur l’autisme

Les fonctions cognitives, dont la mémoire de travail, sont primordiales dans la vie quotidienne, notamment pour l’apprentissage9, 10. La mémoire de travail est importante pour la gestion des émotions11, par exemple pour la mise en place de stratégies de contrôle des émotions et la façon dont on les exprime. Une bonne connaissance des difficultés rencontrées dans l’autisme permettrait ainsi le développement et l’optimisation des méthodes thérapeutiques visant à améliorer les performances cognitives et l’apprentissage chez les personnes autistes. Ces progrès rendraient possible l’utilisation d’outils d’évaluation et d’intervention plus spécifiques pour aider quotidiennement ces personnes à l’école ou au travail. Grâce à l’étude menée à l’UdeM par Molderez et ses collègues, nos connaissances sont maintenant plus étendues sur la mémoire de travail chez les personnes autistes. Ces derniers sont capables de créer des associations entre différentes informations et de les mémoriser.

Lexique

Binding : capacité de faire des associations et de les retenir. Processus régi par la mémoire de travail.

Fonctions cognitives : fonctions qui organisent et contrôlent les actes volontaires (le langage, la mémoire, la perception,  l’attention …).

Mémoire de travail : fonction cognitive permettant de garder en mémoire à court terme des informations suffisamment longtemps afin de les manipuler et d’accomplir une tâche.

Personnes neurotypiques : personnes non-autistes.

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