Le stress n’a que la puissance qu’on lui attribue

Melissa Villarreal Morales

Étudiante à la maîtrise en médecine cellulaire et moléculaire

Le stress n’a que la puissance qu’on lui attribue

Melissa Villarreal Morales

Étudiante à la maîtrise en médecine cellulaire et moléculaire

Si le stress avait un visage, il n’en aurait pas qu’un seul. Il enfile plutôt différents « masques» qui façonnent sa manière d’agir sur notre corps et notre esprit. Selon la façon dont nous percevons le stress, nous favorisons ou limitons l’expression de certains de ses « masques », parfois au détriment de notre santé. Bienveillant lorsqu’il nous pousse à agir, il peut devenir oppressant lorsqu’il s’installe trop longtemps. Heureusement, une étude publiée en 2012 révèle que nous ne sommes pas entièrement à sa merci : en modifiant notre perception du stress, il serait possible d’en limiter les effets nocifs, et même d’en reprendre le contrôle.

En 2024, un adulte québécois sur cinq disait vivre des journées « assez ou extrêmement stressantes ». Problèmes financiers, tensions relationnelles ou enjeux de santé déclenchent alors une réaction bien connue du corps : la réponse de lutte ou de fuite. Une fois les systèmes d’alarme activés, les pupilles se dilatent, le cœur commence à pomper plus de sang, les poumons à capter plus d’oxygène et l’énergie est déplacée aux muscles pour nous rendre plus agiles. Ces changements momentanés se produisent automatiquement via l’activation du système sympathique*, une branche du système nerveux autonome*. Celui-ci prend les rênes et met à contribution le cœur, les hormones et le cerveau pour tenter de nous protéger en réponse à un stress perçu. Ceci se fait au détriment d’autres fonctions biologiques essentielles, comme les systèmes immunitaire et digestif. La question se pose alors : tous ces changements sont-ils bénéfiques ou nuisibles? 

 

On peut s’imaginer que, face à un animal enragé, les modifications biologiques décrites ci-dessus sont les bienvenues et bénéfiques : elles nous rendent plus fort·e·s, plus rapides et plus alertes. Une fois le danger passé, si le corps réussit à rétablir son équilibre, le stress conserve alors son masque bienveillant. C’est ce qu’on appelle la résilience au stress

 

Par contre, lorsque cette alarme se déclenche trop souvent ou pendant trop longtemps, le stress change de masque et devient malicieux. Un stress répété, prolongé ou non contrôlé peut induire un éventail de problèmes physiques et psychologiques, tels que des problèmes de cœur, un système immunitaire affaibli, et des maladies psychosomatiques*pouvant même mener à une mort prématurée.  Ainsi, ce qui nous protège face à un danger immédiat peut devenir nuisible lorsque la situation perdure.

 

Cependant, une étude américaine montre que notre façon de percevoir le stress peut transformer son impact sur notre santé, et même en limiter les effets nocifs, nous redonnant ainsi une part de contrôle sur l’étendue de ses effets. Autrement dit, même si le stress prolongé peut changer de visage, nous avons une influence sur l’étendue de son pouvoir.

Retirer le pouvoir au stress, un masque à la fois

Croire que le stress est dangereux pour la santé augmente la probabilité qu’il le devienne réellement. Les personnes persuadées qu’il nuit beaucoup à leur santé se déclarent plus souvent être en mauvaise santé, et sont plus susceptibles de développer une détresse psychologique*. À l’inverse, celles qui ne perçoivent pas le stress comme nocif rapportent un meilleur bien-être, même lorsqu’elles vivent des niveaux de stress élevés. La perception du stress joue donc un rôle clé.

 

Accorder trop de pouvoir au stress semble amplifier ses effets négatifs, tandis qu’une perception moins menaçante permet d’en limiter l’impact. Si ces résultats suggèrent une certaine marge de manœuvre individuelle, le suivi de la patientèle sur plusieurs années en révèle toute l’ampleur. En effet, à l’aide des registres de décès, les scientifiques ont observé que les personnes déclarant à la fois un niveau élevé de stress et la perception que celui-ci nuit à leur santé présentaient un risque accru de décès prématuré de 43%. Il est clair que notre perception joue un rôle sur les effets que le stress prolongé peut induire, mais comment peut-on changer notre perception face au stress?

Recadrage mental

Changer sa perception du stress n’a rien d’évident, mais on peut commencer par agir sur un autre levier : notre réactivité* au stress. La façon dont nous réagissons au stress peut amplifier ou atténuer ses conséquences sur le corps. En effet, une forte réactivité est liée à un risque plus élevé de douleurs chroniques, de symptômes dépressifs et d’inflammation.


La bonne nouvelle est qu’il existe plusieurs moyens de diminuer l’intensité de cette réactivité, transformant ainsi notre relation avec le stress et pouvant aider à atténuer ses effets négatifs. Parmi les plus étudiées, la méditation et le yoga se distinguent par leurs bénéficesqu’ils soient rapportés subjectivement ou mesurés à l’aide de marqueurs biologiques. La méditation, en particulier, s’est révélée efficace pour atténuer les effets psychologiques et physiques du stress. Elle est notamment associée à une amélioration de la tension artérielle, du rythme cardiaque, et à une diminution des marqueurs d’inflammation dans la circulation sanguine. Combinées aux recommandations de santé sur le plan du sommeil, de l’alimentation et de l’exercice, ces activités de détente contribuent à une meilleure gestion des situations stressantes et à une meilleure réactivité, diminuant ses effets délétères. Ainsi, en améliorant notre réactivité au stress, nous pouvons non seulement mieux vivre les événements stressants, mais aussi transformer progressivement la perception que nous en avons.


Si une « simple » perception peut altérer l’impact du stress, que découvrira-t-on lorsque la science examinera davantage l’influence de nos pensées sur notre biologie? Le monde évolue constamment, nous exposant indépendamment de notre volonté à des sentiments de peur, de joie, et de frustration, entre autres. Une question s’impose alors : notre biologie est-elle simplement le réceptacle de nos expériences de vie, ou possédons-nous plus de pouvoir que nous le pensons? Peut-être que nos pensées ne font pas qu’interpréter le monde, mais participent aussi à sculpter notre biologie.

Lexique

Système sympathique : Partie du système nerveux qui prépare le corps à réagir en situation d’effort ou de stress (accélération du cœur, de la respiration, dirige l’énergie aux muscles).

 

Système nerveux autonome : Système qui contrôle automatiquement les fonctions du corps comme respirer, digérer et faire battre le cœur.  

 

Détresse psychologique : État de mal-être mental ou émotionnel.

 

Réactivité au stress : Façon et intensité avec lesquelles une personne réagit au stress. 

 

Maladie psychosomatique : Maladie physique qui est déclenchée par des facteurs psychologiques (stress, émotions, etc.).

Découvre l'autrice

Melissa Villarreal Morales

Melissa réalise une maîtrise en médecine cellulaire et moléculaire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM). Ancienne danseuse de ballet classique, elle est aujourd’hui passionnée par la modulabilité du corps humain, par la manière dont nos actions et les stimuli auxquels nous sommes exposés façonnent la biologie, qui définit notre réalité. Hors du laboratoire, tu peux la trouver dans le studio de danse, dans la nature, ou avec sa famille.

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