Quand écoresponsabilité et bien-être se rencontrent

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Isabelle Campeau

Étudiante au doctorat en psychologie du travail et des organisations

Quand écoresponsabilité et bien-être se rencontrent

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Isabelle Campeau

Étudiante au doctorat en psychologie du travail et des organisations

Adopter des comportements écoresponsables n’est pas toujours un jeu d’enfant : cela requiert souvent du temps, de l’effort ou de l’argent (1). Certains individus craignent qu’agir de manière écoresponsable influencerait négativement leur qualité de vie ou leur bien-être. Il faudrait renoncer à certains privilèges tels que prendre de longs bains chauds ou utiliser sa voiture (2). Cependant, des études suggèrent, bien au contraire, que les individus qui trouvent un sens à poser des gestes écologiques et qui choisissent librement ce comportement rapportent davantage de bien-être, éprouvent une plus grande satisfaction de vie et plus de bonheur (3,4,5). Il semblerait donc possible de devenir écoresponsable sans diminuer son bien-être pour autant (6).
D’ici 2025, Brahney et collègues prévoient qu’environ 11 milliards de tonnes métriques de plastique se seront accumulées dans l’environnement (7), soit l’équivalent de plus d’un million de tours Eiffel (8).

La transition vers une société durable est un objectif essentiel dans les prochaines années. Le rapport Brundtland définit une société durable comme une société qui utilise des biens et des services qui répondent aux besoins de base des générations présentes et des générations futures (9). Cela implique aussi une diminution de l’utilisation de matières toxiques et de la production de déchets afin de préserver les ressources naturelles et l’environnement pour les années à venir (10). Le rapport souligne l’importance d’augmenter la qualité de l’environnement tout en créant un avenir qui est plus prospère et équitable pour tous. Depuis la publication du rapport, le Programme des Nations unies pour l’environnement encourage l’adoption de comportements respectueux de l’environnement auprès des individus et des sociétés afin que celles-ci soient plus écologiquement et économiquement durables (11). Toutefois, certains individus croient qu’avoir des comportements écoresponsables entrainerait automatiquement une remise en question de leur style de vie. Par exemple, cela pourrait se traduire par une perte de liberté individuelle au profit de l’intérêt commun, comme prendre le transport en commun au lieu de sa voiture (12).

Le plaisir versus la bonne action

La littérature fait souvent la distinction entre le bien-être hédonique et le bien-être eudémonique (13). Le premier repose sur le plaisir, alors que le deuxième repose sur le sens qu’accordent les personnes à leurs buts, leurs actions et leurs vies (14,15). De façon générale, un style de vie qui est axé sur « une vie plaisante » est associé à moins de satisfaction de vie à long terme comparativement à un style de vie qui est axé sur « une vie significative », où les actions posées ont un sens et un but. Selon la perspective choisie, il est possible d’expliquer la raison pour laquelle un comportement écoresponsable peut à la fois augmenter ou diminuer le bien-être (16,17). Par exemple, si un individu juge que le compostage n’est pas une activité agréable, cela peut réduire son bien-être hédonique lorsqu’il accomplit cette tâche. En revanche, un individu qui juge ce geste comme étant important pour lutter contre les changements climatiques aura plus de bien-être eudémonique lorsqu’il ajoute ses épluchures à son compost (18). En d’autres termes, même si certains gestes écologiques sont perçus comme moins agréables, agir de façon écoresponsable peut être considéré comme étant la bonne chose à faire et peut contribuer au bien-être de chacun (19).

Faire du bien fait du bien

Donner un sens positif à ses actions ou « faire la bonne chose » affecte la façon dont un individu se perçoit. De plus, entreprendre des comportements prosociaux, c’est-à-dire des comportements qui bénéficient à autrui, contribue au bien-être (20). Lorsqu’un individu juge faire une bonne action ou lorsqu’il aide quelqu’un, il améliore sa propre image de lui-même et se considère davantage comme une bonne personne (21). Plusieurs études montrent que « faire du bien, fait du bien », par exemple lorsqu’on dépense de l’argent pour les autres plutôt que pour soi (22). Aussi, savoir que notre travail bénéficie à un ou une collègue nous aide à prévenir les signes d’épuisement professionnel (23). Finalement, poser des gestes qui sont respectueux de l’environnement pour assurer un meilleur avenir peut aussi être perçu comme une bonne action et comme un geste prosocial, ce qui contribue au bien-être eudémonique (24). Une personne qui adopte un style de vie tendant vers le zéro déchet peut percevoir ses actions comme profitables à la nature et à la société, ce qui contribue à son bien-être (25).

Vers des actions vertes

Il existe deux façons d’augmenter le bien-être lié à un comportement écologique : rendre les gestes écoresponsables plus plaisants ou augmenter l’importance et le sens accordés aux actions écoresponsables (26). La première option fait référence par exemple à un bac de recyclage qui a été transformé en un jeu d’arcade en Suède (27). Afin d’inciter les citoyens à recycler leurs bouteilles de verre, un bac de recyclage a été transformé en jeux d’arcade où les citoyens pouvaient s’amuser tout en recyclant leurs bouteilles. En une soirée, cette initiative a augmenté le nombre de bouteilles recyclées comparativement au bac de recyclage conventionnel (28). Cependant, installer des bacs de recyclage amusants dans la ville a seulement une utilité : rendre le recyclage de bouteilles de verre plus agréable. Cette option augmenterait seulement le bien-être hédonique pour les individus qui trouvent ce bac plus plaisant et n’influencerait pas la façon dont ceux-ci perçoivent d’autres alternatives écologiques comme le compostage. En conséquence, afin d’améliorer le bien-être de cette façon, il faudrait augmenter le plaisir ou le confort lié aux actions écologiques, dont le compostage et le déplacement en transport en commun. Selon Venhoeven et collègues (2017), cette alternative nécessiterait beaucoup de temps et d’argent, et risquerait d’améliorer le bien-être seulement pour une courte durée (29).


À l’opposé, trouver un sens à s’engager dans des comportements écoresponsables s’avère une solution durable et efficace : le bien-être eudémonique est amélioré à long terme et les comportements deviennent ancrés dans les habitudes de vie (30). Un individu qui se renseigne sur les conséquences de l’huile de palme en Asie parce qu’il trouve cela intéressant ne boycottera pas nécessairement les produits à base d’huile de palme. Toutefois, si l’individu se renseigne sur le même sujet parce que celui-ci se préoccupe des animaux qui n’auront plus d’habitat, ou des écosystèmes qui sont menacés, celui-ci adoptera davantage des comportements proenvironnementaux (31).

Les politiques qui visent à accroitre les comportements pro-environnementaux et le bien-être personnel font face à un enjeu de taille puisque chaque individu ne partage pas les mêmes valeurs et normes culturelles que ses concitoyens. Il est primordial que chaque personne choisisse librement de poser des gestes écoresponsables. Autrement, une loi qui oblige les gens à agir de manière écologique peut s’avérer contreproductive et diminuer le bien-être (32). Un compromis serait d’augmenter le plaisir associé à certaines actions écoresponsables et de sensibiliser par la suite les gens aux effets positifs de leurs engagements. Petit à petit, nous serions sur le chemin d’une société durable et les individus percevraient les comportements pro-environnementaux comme importants et remplis de sens à la fois pour la planète et pour leur propre bien-être (33).

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