L’homoparentalité masculine au temps du gayby-boom

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Catherine Meek-Bouchard

Étudiante au doctorat en psychologie communautaire

Sarrah Bakhty

Étudiante en psychologie communautaire

L’homoparentalité masculine au temps du gayby-boom

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Catherine Meek-Bouchard

Étudiante au doctorat en psychologie communautaire

Sarrah Bakhty

Étudiante en psychologie communautaire

Malgré une plus grande ouverture à l’égard de l’homosexualité dans les sociétés occidentales, l’homoparentalité suscite encore aujourd’hui des inquiétudes. Si on reconnait les capacités parentales des mères lesbiennes, celles des pères gais soulèvent encore des réactions de doutes. Des études révèlent pourtant que les enfants de pères gais se portent souvent mieux que les enfants de familles hétéroparentales (1).

En 2016, 8 770 couples canadiens de même sexe vivaient avec au moins un.e enfant. C’est toutefois seulement un couple homosexuel sur huit qui est parents, comparativement à la moitié des couples hétérosexuels 2. Des études montrent que le désir de fonder une famille est pourtant bien présent chez les couples homosexuels 3, 4, 5. Malgré leur intention marquée, plusieurs couples homosexuels hésitent et même abandonnent leur projet d’adoption en raison des préjugés à l’égard de leur orientation sexuelle 6. En effet, même si l’homosexualité est de plus en plus acceptée, l’hétérosexualité est encore généralement perçue comme la norme sociale, ou comme étant préférable aux autres orientations sexuelles 7. La stigmatisation de l’homosexualité crée un environnement hostile où les capacités parentales des couples homosexuels sont mises en doute6. L’homoparentalité est encore aujourd’hui confrontée à diverses résistances, surtout de la part des hommes cisgenresi 7, 8, 9.

Les structures familiales en pleine évolution

Le Québec a été témoin au cours des cinquante dernières années d’une diversification des configurations familiales 10. Les avenues de la parentalité se faisant plus nombreuses, le rôle de parent n’est aujourd’hui plus uniquement réservé aux couples hétérosexuels 11, 12. L’image de la famille nucléaire « traditionnelle », constituée d’une mère et d’un père hétérosexuel.le.s et cisgenres , s’est transformée grâce à des mutations sociales et légales. Les familles homoparentales ont pu émerger avec l’abandon des pratiques religieuses, la légalisation de l’union entre personnes de même sexe, ainsi que l’interdiction de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre 11. En 2002, le Code civil du Québec a reconnu la parentalité pour les couples homosexuels, que ce soit par adoption ou par procréation médicalement assistéeii.

Avec cette reconnaissance de la parentalité homosexuelle, de plus en plus de chercheur.euse.s s’intéressent au développement et à l’adaptation psychosociale des enfants de familles homoparentales. Les études indiquent que les enfants de parents de même sexe ont des caractéristiques très semblables à celles des enfants de parents hétérosexuels 1. La qualité de la relation parent-enfant serait même meilleure chez les familles homoparentales 1. Cet avantage serait attribuable au rôle protecteur des parents qui chercheraient à contrer les effets de la stigmatisation dont peuvent être victimes leurs enfants 1.

Les pères gais encore défavorisés

Une étude américaine révèle que plus de la moitié des hommes gais voudraient devenir parents, comparativement à 41 % des femmes lesbiennes 3. Toutefois, en 2016, seulement une famille homoparentale avec enfants sur cinq était dirigée par un couple masculin, et ce, même si les couples de même sexe étaient plus souvent formés d’hommes (52 %) que de femmes (48 %) 2.

Les couples d’hommes rencontrent plus d’obstacles lors de l’accès à la parentalité et du processus d’adoption que les couples de femmes 13. Selon les croyances populaires, la parentalité est principalement perçue comme un domaine féminin. Les femmes auraient « naturellement » les compétences pour s’occuper d’un.e enfant 14. La conception que la figure centrale d’attachement doit être la mère, et qu’un.e enfant ne peut se développer convenablement sans une présence maternelle, est bien répandue et persiste 7, 9. Or, ces préjugés nuisent à la perception sociale de la parentalité homosexuelle masculine 15. De plus, bien que l’adoption en banque mixteiii par des couples homosexuels masculins ait été légalisée au Québec il y a près de vingt ans, ces couples ne peuvent recourir à l’adoption internationale dans la majorité des pays étrangers, en raison de législations peu favorables à l’homoparentalité. Enfin, alors que les avancées technologiques permettent aux couples lesbiens de faire appel à l’insémination artificielle, le recours aux mères porteuses demeure difficile au Québec.

Des découvertes encourageantes

Malgré tout, le nombre de familles adoptives composées de pères gais au Canada a connu une croissance de plus de 30 % entre 2011 et 2016 16, 17. Selon certain.e.s chercheur.euse.s, on assisterait même à un gayby-boom! Ces familles suscitent un intérêt grandissant dans les milieux de la recherche8. Une équipe de recherche du département de psychologie de l’Université du Tennessee révèle en 2016 que les enfants de pères gais s’adapteraient psychologiquement mieux aux facteurs de stress environnementaux que les enfants de familles hétéroparentales 18. Ces chercheur.euse.s mettent en évidence que ces résultats pourraient s’expliquer par le niveau de scolarité et le statut socioéconomique élevés des pères gais, par leur meilleure préparation à l’arrivée de leur enfant et par la répartition plus égalitaire des pratiques éducatives et des tâches domestiques. De plus, les couples homosexuels doivent se soumettre à un processus d’évaluation extrêmement exigeant avant de pouvoir adopter un.e enfant. Par conséquent, les couples d’hommes qui se font confier des enfants par les services d’adoption domestique sont des parents particulièrement motivés, investis et compétents 19.

Enfin, selon une étude américaine qui compare le style d’attachement des enfants adopté.e.s, une plus grande proportion des enfants adopté.e.s par des pères gais affichaient un type d’attachement optimal, par rapport aux enfants de mères lesbiennes et de couples hétérosexuels 20. En effet, cet attachement, lié au développement d’un sentiment de sécurité, est supporté par la sensibilité accrue démontrée par les pères gais. Plus près de nous, une étude québécoise, réalisée en 2019 par le chercheur du département de psychologie de l’UQAM Éric Feugé, met en lumière des résultats tout aussi encourageants 21. Les pères gais offrent un environnement optimal favorisant une adaptation émotionnelle saine chez leurs enfants.

Alors, puisque les pères gais sont d’aussi bons parents que les parents hétérosexuels, comment se fait-il que leur désir et leurs intentions de parentalité soient encore si souvent réprimés par la stigmatisation et l’ostracisation? Si les pères gais vivent de nombreux obstacles lors du processus d’adoption, les préjugés à l’égard des familles homoparentales affectent également l’ensemble de leur expérience de parentalité. Un travail de sensibilisation aux difficultés vécues par les familles de pères gais est nécessaire afin de promouvoir un processus d’adoption plus égalitaire et de permettre une évolution des perceptions.

Lexique

Cisgenre : Personne qui s’identifie au genre et au sexe qui lui ont été assignés à la naissance 22. Les personnes cisgenres/cissexuelles sont des personnes non trans*.

Procréation médicalement assistée : Traitement ou procédure de fertilité nécessitant la préparation ou la manipulation de cellules reproductrices afin d’obtenir une grossesse 23.

Adoption en banque mixte : Programme permettant, par l’entremise de la DPJ, de placer des enfants avec des familles d’accueil en vue d’être adopté.e.s, lorsque leurs parents biologiques sont jugé.e.s inaptes à maintenir leur garde. Au moment du placement en famille d’accueil, l’enfant n’est pas considéré.e comme « adoptable », les services de la DPJ visant d’abord un retour au sein de la famille biologique, mais travaillant tout de même en parallèle à préparer un projet d’adoption permanente 24.

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