La présence attentive, cet engrais pour les personnes orchidées

Éliane Dussault

Étudiant au doctorat en sexologie

Catherine Cimon Paquet

Étudiante au doctorat en psychologie

La présence attentive, cet engrais pour les personnes orchidées

Éliane Dussault

Étudiant au doctorat en sexologie

Catherine Cimon Paquet

Étudiante au doctorat en psychologie

Tout comme les orchidées, les personnes ayant une haute sensibilité sont considérablement affectées par leur environnement. Les personnes hautement sensibles sont promptes à se sentir submergées par diverses sources de stimulation sensorielle ou par leurs propres émotions et celles des autres. La présence attentive constitue une avenue prometteuse afin de promouvoir leur bien-être et de réduire l'impact de leurs expériences désagréables. En apprenant à les observer et les identifier avec conscience, sans jugement ou réactivité, les personnes hautement sensibles peuvent transformer leur sensibilité en force unique.

Au Québec, plus de 2,5 millions de personnes peuvent être qualifiées de hautement sensibles. Ce trait du tempérament*, soit une caractéristique qui se manifeste dès la petite enfance, est présent chez environ une personne sur quatre dans la population. La métaphore des fleurs a été choisie par les scientifiques pour représenter les différents niveaux de sensibilité. Alors que les orchidées sont plus sensibles aux changements de température, au manque d’eau et de lumière, les pissenlits sont beaucoup plus résilients. Ainsi, les orchidées représentent les personnes hautement sensibles et les pissenlits, celles ayant de faibles niveaux de sensibilité à l’environnement. Au centre, les tulipes représentent les personnes ayant un niveau moyen de sensibilité. 

La perception et le traitement des stimuli internes et externes seraient particulièrement développés chez les personnes hautement sensibles. Autrement dit, le cerveau perçoit et traite les informations de divers contextes en haute définition. Au musée ou lors d’un concert, par exemple, Lou peut être facilement ému·e par la beauté des œuvres. À la cafétéria, toutefois, iel peut devenir rapidement envahi·e par les odeurs qui émanent des micro-ondes, par la présence d’une foule ou par un·e ami·e qui lui raconte un conflit vécu durant l’avant-midi. Pour Lou et pour toutes les personnes hautement sensibles, cultiver sa présence attentive représente une avenue intéressante pour favoriser un plus grand bien-être psychologique et physique. 

Plus une personne est sensible, plus elle aura tendance à vivre des émotions désagréables telle que l’anxiété ou la détresse psychologique. Heureusement, la présence attentive peut réduire ces émotions désagréables. La présence attentive consiste en l’état de conscience qui émerge lorsqu’on porte attention dans le moment présent, sans jugement et avec acceptation. En effet, il semblerait qu’une intervention basée sur la présence attentive ait permis de diminuer le stress et l’anxiété sociale de personnes hautement sensibles, en plus de favoriser leur empathie et leur acceptation de soi

La présence attentive pour se reconnecter à l'intensité de ses expériences

La présence attentive est intéressante puisque les personnes hautement sensibles réagissent plus fortement à des expériences qu’elles identifient comme aversives. Ainsi, ce ne sont pas les expériences aversives en elles-mêmes, mais bien la réactivité face à ces expériences, qui générerait de la détresse. En ce sens, l’agir avec conscience et la non-réactivité sont importantes pour favoriser la résilience* chez les personnes hautement sensibles.

D’une part, l’agir avec conscience consiste à porter attention aux expériences dans le moment présent. Il pourrait s’agir d’écouter pleinement une personne qui s’adresse à soi plutôt que de penser à la réponse qu’on lui formulera, ou de mettre l’accent sur les tâches qu’on effectue dans une journée plutôt que de penser uniquement à ses objectifs. D’autre part, une personne faisant preuve de non-réactivité pourrait avoir plus de facilité à rester attentive et calme durant un conflit avec un·e proche. La non-réactivité lui permettrait d’éviter d’escalader le conflit, en tolérant les émotions difficiles que ce dernier lui ferait vivre.

Apprivoiser les sensations désagréables

Les personnes hautement sensibles sont plus à risque de présenter des difficultés psychosomatiques, telles que des migraines, des problèmes digestifs ou des douleurs osseuses non expliquées médicalement. De plus, lorsque les personnes hautement sensibles éprouvent de la difficulté à identifier et à distinguer leurs émotions, leur niveau d’anxiété est également exacerbé. La présence attentive permet aux personnes hautement sensibles de décrire leurs expériences et améliore leur capacité à les identifier avec des mots. Une personne avec une bonne capacité de description pourrait trouver les bons mots pour décrire ses émotions de façon nuancée. Cette habileté pourrait contribuer à diminuer l’anxiété et les difficultés psychosomatiques.

La présence attentive promeut également le non-jugement de soi. Une personne qui présente un non-jugement élevé s’autoriserait à vivre ses émotions sans se critiquer ou se blâmer, peu importe le caractère agréable ou désagréable de l’expérience vécue. Ces quatre dimensions de la présence attentive que sont l’agir avec conscience, la non-réactivité, la capacité à décrire ses expériences et le non-jugement pourraient favoriser une plus faible anxiété, moins de symptômes psychosomatiques et un plus grand bien-être chez les personnes hautement sensibles.

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S’émouvoir, apprécier la beauté et autres bénéfices de la sensibilité

Cultiver sa présence attentive en tant que personne hautement sensible, c’est comme canaliser sa capacité à percevoir avec plus de détails, à ressentir avec plus d’intensité, en des expériences qui peuvent piquer la curiosité et enrichir plutôt que submerger. Dans un contexte optimal, la haute sensibilité comprend plusieurs aspects positifs. Les personnes hautement sensibles bénéficient plus que les autres des contextes favorables comme des relations interpersonnelles positives. Elles sont aussi plus promptes à apprécier la beauté et l’esthétisme dans le monde qui les entoure. Ainsi, la présence attentive pourrait diminuer les inconvénients associés à la haute sensibilité, mais aussi amplifier ses avantages. Que pensez-vous qu’il se produirait si davantage des 2,5 millions de personnes hautement sensibles au Québec cultivaient leur présence attentive ? Serait-il possible que nous ayons des espaces remplis d’orchidées en fleurs ?

Lexique

Résilience : Capacité des individus à faire face à des situations difficiles et des émotions désagréables.

Tempérament : Ensemble de caractéristiques particulières qui sont innées, donc présentes dès la naissance chez une personne. Les traits du tempérament sont malléables, c’est-à-dire qu’ils peuvent changer selon l’environnement, bien qu’ils présentent une certaine stabilité dans le temps.

Découvre les autrices

Éliane Dussault et Catherine Cimon Paquet

Éliane est doctorante en sexologie à l’UQAM et travaille sur la présence attentive et le bien-être sexo-relationnel chez des survivant·e·s adultes de traumas interpersonnels en enfance. Quant à Catherine, elle est doctorante en psychologie à l’UQAM et s’intéresse principalement aux relations interpersonnelles, à la psychologie positive et au développement humain. Toutes deux sont très actives et adorent pratiquer la méditation.

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