La connaissance comme ressource d’adaptation pour les enfants

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Christophe Bedeaux

Étudiant au doctorat interdisciplinaire en santé & société (Ph.D)

La connaissance comme ressource d’adaptation pour les enfants

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Christophe Bedeaux

Étudiant au doctorat interdisciplinaire en santé & société (Ph.D)

Il est estimé qu’en 2002, au Canada, 12% des enfants de moins de 12 ans vivaient avec un parent souffrant de dépression, d’anxiété, d’un trouble bipolaire, ou d’une dépendance à une substance1. Les études concernant les enfants vivant avec un parent ayant une maladie mentale ont montré que ceux-ci avaient un besoin criant de connaissances à ce sujet2,3. Des études ont identifié cinq thèmes concernant les besoins d’information de ces enfants, dont les quatre suivants seront discutés dans cet article: (1) la maladie mentale du parent en tant que telle, (2) la stigmatisation, (3) la recherche d’aide ou de soutien, et (4) le développement des capacités d’adaptation des enfants4.

L’article 17 de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) 5affirme que les enfants ont le droit d’avoir accès à l’information concernant leur bien-être social ainsi que leur santé physique et mentale. Cependant, ce droit ne serait pas respecté pour de nombreux enfants dont un parent a une maladie mentale, des informations à ce sujet ne leur étant pas systématiquement données6. Cela serait dû, premièrement, à la crainte, l’inconfort, ou la réticence des parents à en parler avec leur(s) enfant(s), la maladie mentale étant parfois « l’éléphant dans la pièce » ou un secret dans la famille7. Deuxièmement, les professionnels en santé mentale adulte n’ont souvent pas le temps, les ressources, le mandat et/ou le soutien de leur organisme, pour expliquer la maladie mentale d’un parent aux enfants8.

Le Plan d’Action en Santé Mentale 2015-2020 du Québec recommande aux organismes communautaires destinés à l’entourage des personnes ayant une maladie mentale d’accorder une attention particulière à ces enfants pour qu’ils bénéficient du soutien nécessaire. Cela implique de connaître et de répondre à leur besoin d’informations concernant la maladie mentale de leur parent. Les études réalisées sur le sujet9 et les résultats d’une enquête menée auprès de 23 experts internationaux10 offrent plusieurs pistes de réponses.

Aider l’enfant à mieux comprendre le problème de santé mentale du parent

Il est important que les enfants comprennent bien le problème de santé mentale de leur parent ainsi que les comportements qui en découlent11, 12, 13. Leur donner de l’information à ce sujet peut contribuer à diminuer leurs confusion, anxiété, ou inquiétude14,15.

Premièrement, les enfants ont besoin d’assistance pour comprendre ce qu’est la santé mentale, un sujet abstrait plus difficile à saisir pour eux. À ce sujet, il faut que les enfants comprennent que les problèmes de santé mentale sont des conditions de santé comme les problèmes de santé physique16. De plus, ces problèmes peuvent concerner toute personne. En effet, 20% des personnes vivant au Canada seront affectées par une maladie mentale à un moment ou à un autre de leur vie17. D’autre part, ces maladies peuvent évoluer en fonction du temps et il existe des traitements permettant de mieux vivre avec une maladie mentale et d’améliorer sa santé mental18.

Deuxièmement, il est important de faire savoir aux enfants qu’ils ne sont pas responsables de la maladie mentale de leur parent, que ce n’est pas leur rôle ou leur responsabilité de la guérir, et que cette maladie n’est pas contagieuse19. En effet, comme les enfants savent que certaines maladies physiques comme le rhume sont contagieuses, ceux-ci peuvent avoir peur d’attraper la maladie mentale de leur parent20. Il est également important qu’ils sachent qu’ils peuvent poser des questions et exprimer leurs émotions à ce sujet21.

Troisièmement, le simple fait de nommer le problème de santé mentale peut permettre à l’enfant de mieux comprendre les comportements du parent en lien avec ce problème22. À ce sujet, il faut expliquer à l’enfant quel est le type de maladie mentale qui affecte son parent (p. ex. la dépression ou l’anxiété) et comment celle-ci influence ses pensées, ses émotions, et ses comportements23. Plusieurs comportements peuvent être causés par une maladie mentale, tels que rester au lit une grande partie de la journée, éviter certaines situations ou activités en raison de l’anxiété, être très agité ou impulsif pendant plusieurs jours ou semaines, tenir des propos délirants (c-à-d. ne correspondant pas à la réalité) ou paranoïaques (p. ex. croire que d’autres personnes nous veulent du mal), entendre des voix, ou avoir des hallucinations visuelles. Pour aborder ce sujet, il est conseillé de partir de l’expérience vécue par l’enfant en lui demandant ce qu’il sait déjà et ce qu’il a observé24,25.

Finalement, il est conseillé d’aider les enfants à comprendre l’influence de la maladie mentale sur la vie familiale26. En effet, ceux-ci doivent savoir comment s’adapter aux « bonnes » journées et aux « mauvaises » journées résultant des fluctuations journalières de l’état de santé mentale de leur parent27. Ainsi, des enfants ont rapporté que, lors des « bonnes » journées, leurs parents interagissaient plus avec eux, réalisaient plus de tâches domestiques, et qu’il y avait davantage de communication dans la famille. À l’inverse, lors des « mauvaises » journées, leurs parents étaient plus irritables, avaient tendance à davantage crier et à accorder moins d’attention aux enfants.

Aider l’enfant à faire face à la stigmatisation

Les informations que les enfants obtiennent concernant la santé mentale proviennent principalement des médias et peuvent ainsi être inexactes et caricaturales28. Par conséquent, les enfants peuvent développer une vision stigmatisante29 selon laquelle avoir une maladie mentale serait une source de honte. La stigmatisation est définie comme l’attribution d’une marque interne et invisible de honte (stigmate) à une personne en raison de son appartenance à un groupe déviant ou marginalisé30. Ainsi, il est important d’aborder avec les enfants leurs croyances et leurs connaissances sur la santé mentale pour déconstruire les conceptions erronées et les mythes à ce sujet31,32.

Par ailleurs, les enfants peuvent aussi être victimes de stigmatisation par association avec leur parent ayant une maladie mentale33, cette stigmatisation pouvant prendre la forme de moqueries de la part des autres enfants34. Ces enfants ont donc besoin d’informations et d’outils pour mieux faire face à cette stigmatisation35 et gérer l’embarras ou la honte qu’ils peuvent ressentir envers certains comportements de leur parent qui peuvent leur sembler étranges ou bizarres36,37.

Comment et auprès de qui aller chercher du soutien

Les enfants dont un parent a une maladie mentale peuvent se retrouver dans l’obligation d’aller chercher du soutien pour eux-mêmes ou leur parent38. Ils doivent donc savoir comment accéder aux ressources en santé mentale disponibles dans leur communauté39,40. Ces ressources peuvent être, entre autres, un CLSC, leur école, un hôpital, un centre de crise, ou un organisme communautaire. Il peut aussi être utile d’identifier avec l’enfant une personne adulte dans son entourage à qui se confier et demander du soutien, comme un membre de la famille41,42. Il est également important que les enfants sachent comment réagir quand leur parent va mal ou adopte des comportements problématiques43. Cela peut impliquer, par exemple, de laisser le parent seul un moment, de lui demander ce qui ne va pas, ou de contacter un proche.

Comment soutenir les capacités d’adaptation des enfants

Les informations mentionnées dans les sections précédentes peuvent déjà faciliter l’adaptation des enfants à la vie avec un parent ayant une maladie mentale. Néanmoins, il peut en plus être utile, voire nécessaire, de leur enseigner des moyens pour prendre soin de leur santé mentale44, 45, 46. Ceux-ci peuvent inclure des techniques de gestion du stress47, de relaxation, ou d’expression des émotions, ainsi que la pratique d’activités sportives. Les enfants peuvent également participer à un groupe de soutien destiné aux enfants dont un parent ou un membre de la famille a une maladie mentale.

En plus de leur proposer des outils pour prendre soin de leur santé mentale, il peut aussi être bénéfique d’assister les enfants à évaluer et à décider quand il est approprié d’aider une personne de leur entourage, incluant leur parent48. Dans le cas où l’enfant peut aider son parent, il convient alors de lui expliquer comment le faire dans le respect des capacités et limites liées à son âge.

Le développement d’un programme d’éducation à la santé mentale destiné aux enfants dont un membre de la famille a une maladie mentale

En conclusion, les enfants vivant avec un parent ayant une maladie mentale ont besoin d’assistance pour comprendre cette maladie et leur situation familiale, ainsi que pouvoir mieux s’adapter à cette situation. Dans plusieurs pays anglophones et ailleurs au Canada, plusieurs interventions et ressources ont été développées pour soutenir ces enfants49 et/ou pour sensibiliser les jeunes à la santé mentale. Ainsi, un programme d’éducation à la santé mentale destiné aux jeunes de 10 à 16 ans a récemment été développé et évalué aux États-Unis50. Ce programme consiste en 10 séances de 50 minutes données en classe. En plus d’expliquer les maladies mentales, les séances abordent les faits et les mythes concernant la santé mentale, comment aller chercher du soutien ou aider une autre personne, les stratégies d’adaptation, et les impacts de la maladie mentale sur la famille. La présence d’une personne ayant une maladie mentale dans la famille était un critère privilégié de participation : environ deux tiers des 46 jeunes ayant suivi le programme satisfaisaient ce critère. Pour un tiers des jeunes, c’était un parent qui était affecté par une maladie mentale. L’évaluation a montré une amélioration notable des connaissances des jeunes sur la santé mentale et les maladies mentales. De plus, 91,5% des jeunes ont estimé que leurs capacités d’adaptation s’étaient améliorées après avoir participé au programme. Il serait ainsi intéressant d’adapter ce programme en français pour pouvoir l’offrir et l’évaluer dans les pays francophones.

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