Élastigirl ou l’incroyable capacité des contorsionnistes

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Marion Cossin

Étudiante au doctorat en génie biomédicale

Élastigirl ou l’incroyable capacité des contorsionnistes

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Marion Cossin

Étudiante au doctorat en génie biomédicale

Comment les contorsionnistes peuvent-ils se plier en bretzel humain, alors que la plupart des gens peinent à toucher le sol avec leurs mains en pliant les hanches ? En réalité, ils ne sont pas physiologiquement constitués comme des gens ordinaires, mais ne possèdent pas non plus de superpouvoirs. Des considérations génétiques et plusieurs années d’entrainement contribuent à leur capacité de contorsion. L’étirement augmente l’amplitude de mouvement des articulations, mais cet effet serait lié au système nerveux et à une diminution de la douleur perçue.

La version la plus proche dans la vie réelle d’Élastigirl, héroïne du film Les Indestructibles ou Les Incroyables au Québec, serait une contorsionniste. Elastigirl, ou Élasto-fille au Québec est née avec l’incroyable capacité d’allonger n’importe quelle partie de son corps et de se tortiller comme un spaghetti. Les contorsionnistes ne peuvent pas allonger leurs membres, mais ont bien l’aptitude de s’enrouler complètement à tel point qu’on ne saurait pas comment les démêler. La contorsion peut susciter à la fois peur et fascination, mais cette capacité qui peut sembler être un superpouvoir est aujourd’hui démystifiée par la science.

 

Flexibilité : innée ou acquise ?

L’hyperlaxité ou hypermobilité est définie comme étant l’amplitude de mouvement supérieure à la normale1. Le score de Beighton est l’outil le plus fréquemment utilisé pour évaluer l’hypermobilité articulaire. Il s’appuie sur cinq manœuvres, notées sur neuf points, telles que plier le pouce de manière que ce dernier touche l’avant-bras1. Plus le score d’un individu est élevé, plus la laxité est grande. Les contorsionnistes obtiennent souvent un score de 9<2. À titre de comparaison sur un groupe contrôle, le score de 40 hommes était en moyenne de 1.1 et celui de 40 femmes de 2.53.

 

La flexibilité est affectée par le sexe, l’âge, les habitudes de vie, les antécédents médicaux, l’activité physique et la génétique. L’hypermobilité articulaire est fortement transmise des parents aux enfants. Les données familiales les plus complètes de 1 264 Canadiens montrent que l’héritabilité explique 48 % de la flexibilité du tronc d’un individu4.

 

Les chercheur·euses ont trouvé des différences au niveau du collagène* chez les personnes hyperlaxes. Deux types de collagènes, le collagène de type I et de type III, se trouvent dans les tissus comme les tendons et les ligaments. Le collagène de type III est plus abondant et moins élastique que celui de type I1. La proportion de collagène de type III sur le total des collagènes se situe en moyenne entre 18 % et 21 %. Chez les personnes hyperlaxes, ce rapport monte entre 28 % et 46 %1.

 

La longue et rigoureuse formation

Le patrimoine génétique n’explique pas tout. Devenir contorsionniste exige une longue et excellente formation. Plusieurs contorsionnistes commencent leur entrainement jeune, dès l’âge de 8 ans2. Le développement de leur capacité de flexibilité nécessite de nombreuses heures tous les jours pendant plusieurs années. De plus, afin d’équilibrer leur flexibilité, les contorsionnistes doivent beaucoup travailler leur force. Une articulation a besoin de mobilité, mais surtout de stabilité. En effet, durant une activité physique, les personnes hyperlaxes travaillent fort pour que leurs articulations ne se disloquent pas, ne fléchissent pas ou ne partent pas dans des amplitudes de mouvement trop grandes. Il est fort probable que les contorsionnistes aient un dos plus fort que la majorité des gens5. Dans une étude capturant des images en résonance magnétique de la colonne vertébrale de plusieurs contorsionnistes, les scientifiques s’étonnent du nombre limité de lésions présentes dans leur colonne vertébrale2. Ils·elles en concluent que cela reflète sans aucun doute leurs routines d’entrainement rigoureuses, leur permettant de développer la flexibilité nécessaire à la contorsion et la force requise pour résister aux blessures.

 

Un corps en étirement, qu’est-ce qui se passe ?

Les bienfaits potentiels des étirements sont une plus grande amplitude de mouvement, une meilleure absorption des chocs et un risque plus faible de blessures musculo-tendineuses. En réalité, que se passe-t-il dans le corps des contorsionnistes lors de leur entrainement ou de toute autre personne qui s’étire régulièrement ? Un ligament relie deux os et forme ainsi une articulation. Un tendon relie un os à un muscle, et lorsqu’un muscle se contracte, le tendon attaché tire l’os, comme une corde, pour le mettre en mouvement (voir la Figure 1). Lors d’un étirement, ce sont principalement les fibres musculaires autour de l’articulation qui sont étirées, mais les tendons et les ligaments s’étirent aussi6.

Figure 1. Schéma d’une articulation mobile
Contorsionniste en duo de main à main © Roland Lorente. École nationale de cirque, BAROK XXI, 2018.

Quand un muscle est étiré, un signal est envoyé à la colonne vertébrale sans passer par le cerveau. Une activation des motoneurones* présents dans la colonne vertébrale s’en suit et provoque la contraction du muscle et par conséquent son raccourcissement. Cette contraction non volontaire appelée réflexe myotatique nuit à l’étirement désiré. Des chercheurs ont découvert que des étirements exécutés régulièrement permettent une inhibition de ce réflexe au cours du temps7.

 

S’étirer est aussi associé à un effet psychophysiologique au niveau sensoriel. Dans une méta-analyse examinant 26 études, les étirements d’une durée de 3 à 8 semaines ne semblaient pas modifier les propriétés musculaires, bien qu’ils aient fait augmenter l’amplitude de mouvement8. L’augmentation de la flexibilité est alors attribuée à une meilleure tolérance à la douleur sous l’action d’une plus grande force.

 

Pratiquer une activité physique dépend de l’amplitude de mouvement des articulations concernées. Manquer d’amplitude de mouvement ou avoir des tensions musculo-tendineuses n’est pas bénéfique. C’est comme pratiquer un sport avec une camisole trop serrée ; c’est inconfortable et limitant. Bien que les étirements permettent d’augmenter l’amplitude de mouvement, tous les étirements ne sont pas bénéfiques ou sans danger pour tout le monde : s’étirer requiert une bonne forme physique et un encadrement spécialisé. Bien que la plupart des contorsionnistes commencent tôt, certaines défient les lois du temps comme Kristina Nekyia, devenue contorsionniste à l’âge de 31 ans, soit à peu près 20 ans après l’âge recommandé9. Il n’y a décidément pas d’âge pour devenir sa propre version d’Élastigirl.

 

Lexique

Collagène : Protéine présente dans le corps humain responsable de la cohésion des tissus.

Motoneurone (aussi appelé neurone moteur) : Cellule nerveuse présente dans la moelle épinière permettant toute commande des muscles et donc du mouvement.

 

Références

  1. Russek, L. (1999). Hypermobility syndrome. Physical therapy, 79(6), 591-599.

  2. Peoples, R., Perkins T., Powell J., Hanson E., Snyder T., Mueller T. et Orrison W. (2008). Whole-spine dynamic magnetic resonance study of contortionists: anatomy and pathology. Journal of Neurosurgery: Spine, 8(6), 501-509.

  3. Armstrong, R., Greig M. (2018). The Beighton score as a predictor of Brighton criteria in sport and dance. Physical Therapy in Sport, 32, 145-154.

  4. Katzmarzyk, P., Gledhill N., Pérusse L. et Bouchard C. (2001). Familial aggregation of 7-year changes in musculoskeletal fitness. The Journals of Gerontology Series A: Biological Sciences and Medical Sciences, 56(12), B497-B502.

  5. Alter, M. (2004). Science of flexibility (3ème éd.). Human Kinetics.

  6. Behm, D. (2018). The science and physiology of flexibility and stretching: Implications and applications in sport performance and health. Routledge.

  7. Guissard, N., Duchateau J. et Hainaut K. (2001). Mechanisms of decreased motoneurone excitation during passive muscle stretching. Experimental Brain Research, 137(2), 163-169.

  8. Freitas, S., Mendes, B., Le Sant, G., Andrade R., Nordez A. et Milanovic Z. (2018). Can chronic stretching change the muscle‐tendon mechanical properties? A review. Scandinavian journal of medicine & science in sports, 28(3), 794-806.

  9. Fit & Bendy. Kristina Nekyia. Repéré le 25 mai 2021. https://fitandbendy.com/team-member/kristina-nekyia/

 


Crédit photo : Contorsionniste effectuant une extension du dos © Roland Lorente. École nationale de cirque, Épreuve synthèse de Leilani Lemuela Franco, 2008.

 

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