Douleur et sclérose en plaques : une protéine pourrait tout changer

Maxime Kusik

Étudiant à la maîtrise en médecine moléculaire

Douleur et sclérose en plaques : une protéine pourrait tout changer

Maxime Kusik

Étudiant à la maîtrise en médecine moléculaire

La sclérose en plaques est une maladie neurodégénérative incurable. Les personnes qui en sont atteintes vivent avec des problèmes physiques et psychologiques qui sont amplifiés par une douleur quotidienne. Les médicaments contre la sclérose en plaques soulagent leurs symptômes, mais les personnes qui les consomment ne peuvent plus se défendre contre les microbes puisqu’ils réduisent l’activité du système immunitaire. Toute infection peut donc leur être fatale. C’est pourquoi le laboratoire du Dr Steve Lacroix suggère une nouvelle approche utilisant la protéine IL-1β qui soulagerait la douleur chronique associée à la sclérose en plaques sans les effets néfastes des autres médicaments.

Imaginez si à chaque fois que vous alliez dormir, vous ne saviez pas si vous serez capable de vous lever du lit le lendemain. Pourtant, pour plus de 90 000 personnes au Canada, ce même exercice peut leur paraître insurmontable. Soit l’exercice leur cause une trop grande douleur, soit qu’elles ne peuvent plus bouger. Ces personnes sont atteintes de la sclérose en plaques. Pour l’instant, aucun traitement ne peut guérir cette maladie et ceux qui existent causent de lourds effets secondaires. Cependant, les plus récentes avancées scientifiques soufflent un nouveau vent d’espoir.

La sclérose en plaques est une maladie neurodégénérative dans laquelle les cellules immunitaires de la personne se retournent contre elle et s’attaquent à son cerveau et sa moelle épinière, c’est-à-dire les deux organes qui forment le système nerveux central. Au fil du temps, le ou la patient.e aura plus de difficultés à bouger, à voir ou encore à se remémorer des souvenirs. Au-delà de tous ces symptômes, la personne doit vivre quotidiennement avec une douleur ressemblant à un choc électrique ou des piqures d’aiguilles.

 

Cette douleur chronique* est l’un des symptômes qui affectent le plus la qualité de vie des patient.es atteint.es de la sclérose en plaques. Celle-ci peut les empêcher d’effectuer leurs tâches au quotidien, que ce soit de se rendre au travail, d’aller prendre un verre avec des ami.es ou même de se lever du lit le matin. Ces patient.es doivent donc prendre des médicaments pour contrôler les symptômes de la sclérose en plaques, incluant la douleur chronique. Ces médicaments vont cibler les cellules immunitaires de la personne pour les empêcher d’attaquer leur système nerveux central et ainsi ralentir la progression de la maladie. Cependant, ces traitements vont bloquer l’ensemble des cellules immunitaires des patient.es, ce qui veut dire qu’elles ne pourront plus les défendre contre les microbes. Ces patient.es sont donc plus vulnérables aux maladies infectieuses telles que la COVID-19.

Une lueur d’espoir

Il est essentiel de découvrir de nouveaux médicaments contre la sclérose en plaques qui empêcheraient les cellules immunitaires de détruire le système nerveux central du patient sans que ce dernier devienne vulnérable aux microbes qui l’entourent. C’est pourquoi le laboratoire de recherche du Dr Steve Lacroix tente de comprendre le rôle joué par certaines protéines lors de l’attaque du système nerveux central par les cellules immunitaires. Les protéines sont d’immenses molécules permettant, notamment, aux cellules de notre corps de se nourrir, de se déplacer et de se partager de l’information entre elles pour combattre un microbe. L’IL-1β est l’une de ces protéines. Cependant, chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, les cellules immunitaires l’utilisent pour attaquer le système nerveux central . Considérant que des souris modifiées génétiquement qui n’ont pas d’IL-1β sont protégées contre le développement d’une maladie similaire à la sclérose en plaques appelée EAE*, cette protéine est peut-être la clé pour mieux comprendre le développement de la maladie. 

 

À la recherche du responsable de la douleur

Puisque l’IL-1β joue un rôle clé dans la progression de la maladie, l’équipe de recherche du Dr Lacroix propose qu’elle soit aussi impliquée dans la douleur chronique associée à la sclérose en plaques. En effet, leurs travaux récents suggèrent que l’IL-1β active les neurones envoyant les signaux de douleur au cerveau. Ces neurones sont appelés nocicepteurs*. Ceux-ci seraient responsables de la douleur causée par une coupure, une brûlure ou des piments forts. Ils sont présents un peu partout dans notre corps, incluant dans le système nerveux central. Il est donc possible qu’en attaquant le système nerveux central, l’IL-1β active les nocicepteurs qui s’y retrouvent et cause la douleur chronique.

 

Pour en avoir le cœur net, l’équipe du Dr Lacroix a étudié comment les souris développent une sensibilité à la douleur lorsqu’elles ont l’EAE. De façon générale, ce qui a été observé est que plus la maladie progresse, plus les souris sont sensibles à la douleur. En revanche, lorsqu’il n’est pas possible pour l’IL-1β d’activer les nocicepteurs, les souris deviennent insensibles à la douleur. En bloquant l’action d’une seule protéine, il est donc envisageable de prévenir la douleur associée à la sclérose en plaques, et ce, sans compromettre l’ensemble du système immunitaire du patient.

 

Figure 1. Le schéma du haut montre les cellules immunitaires qui relâchent l’IL-1β. Les nocicepteurs s’activent à la suite de leur contact avec la protéine et envoient un signal de douleur au cerveau. Le schéma du bas montre qu’en bloquant l’IL-1β, il est possible d’empêcher l’activation des nocicepteurs pour qu’ils n’envoient plus de signaux douloureux au cerveau. De cette façon, la douleur chronique associée à la sclérose en plaques pourrait être atténuée.

 

Depuis la mise en marché du premier médicament contre la sclérose en plaques en 1993, la découverte de nouveaux traitements contre la maladie a connu un succès exponentiel. Il existe maintenant plus d’une dizaine de traitements qui ciblent différentes cellules immunitaires en les inactivant ou en les emprisonnant à l’extérieur du système nerveux central.  Cependant, ralentir la progression de la maladie avec ces traitements demande aux personnes qui les consomment de faire de grands sacrifices. Par exemple, la prise de ces immunosuppresseurs peut interférer avec une grossesse, empêcher une personne d’aller à son travail, voir même l’empêcher de côtoyer sa famille et ses amis en raison des risques d’infection. Les personnes atteintes de la sclérose en plaques doivent donc trouver un déchirant équilibre entre une maladie agressive et douloureuse ainsi que des traitements pouvant la freiner, mais avec un grand prix à payer. Un médicament qui réduirait la douleur chronique associée à la sclérose en plaques sans les lourds effets secondaires qui y sont associés faciliterait considérablement la vie des personnes atteintes de la maladie. Plusieurs années de recherche seront nécessaires avant d’obtenir un médicament fonctionnel, mais ces résultats ravivent l’espoir qu’un jour, nous aurons en main les connaissances pour nous lever contre la sclérose en plaques.

Un merci particulier au ComSciCon-QC pour leurs judicieux conseils et leur appui dans la rédaction de ce texte.

 

Lexique

Cellules immunitaires : Les cellules immunitaires sont les soldats de notre corps. Elles patrouillent celui-ci à la recherche de microbes. Lorsqu’elles en trouvent, elles dirigent une attaque spécifique contre les microbes pour les neutraliser et les éliminer.

Système nerveux central : Le système nerveux central est composé de deux organes, soit le cerveau et la moelle épinière. Le cerveau analyse le monde grâce à nos cinq sens. Il contrôle aussi le fonctionnement de tout notre corps, parfois même à notre insu! La moelle épinière, quant à elle, est comme une longue autoroute qui permet de relayer l’information du cerveau au reste du corps, ou vice-versa dans le cas par exemple d’un message douloureux.

Douleur chronique : La douleur est une sensation temporaire qui avertit d’un danger. Toutefois, lorsque cette douleur persiste pendant plus de trois mois, même lorsque la blessure est guérie, on la qualifie de douleur chronique.

 

Nocicepteur : Les nocicepteurs sont un groupe de neurones permettant de ressentir la douleur. Ils envoient un signal jusqu’au cerveau et qui ensuite le traduit en un signal de douleur. Et ce en moins d’une seconde!

Protéine IL-1β : Tel un couteau suisse, les protéines peuvent aider les cellules à accomplir plusieurs tâches très différentes. La protéine IL-1β est une protéine que les cellules utilisent pour communiquer avec les cellules immunitaires et leur demander de passer à l’attaque contre un ennemi, par exemple un microbe.

EAE : L’EAE, ou encéphalomyélite auto-immune expérimentale, est une maladie induite en laboratoire qui ressemble beaucoup à la sclérose en plaques. Cette procédure, qui est étroitement régulée par un comité d’éthique de l’utilisation d’animaux, permet aux équipes de recherche de mieux comprendre la sclérose en plaques et, ainsi, de trouver des façons d’améliorer la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes.

Découvre l'auteur

Maxime Kusik

Maxime est étudiant à la maîtrise en médecine moléculaire à l’Université Laval. Il cherche à comprendre le comportement anormal des cellules immunitaires lors de la sclérose en plaques pour tenter de trouver un traitement contre cette maladie. Lorsque Maxime n’est pas derrière un microscope, vous pourrez le trouver en train de profiter du plein air ou de siroter une bonne bière de microbrasserie.

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