D’hormones maudites à hormones bio-identiques

Marie-Ève Arsenault

Étudiante à la maîtrise en communication

D’hormones maudites à hormones bio-identiques

Marie-Ève Arsenault

Étudiante à la maîtrise en communication

Un engouement envers les hormones bio-identiques a été noté pour traiter les symptômes de la ménopause. Au Québec, la pétition « Loto-Méno : pour l’accès à une hormonothérapie bio-identique » frôlait les 275 000 signatures en date du 27 juin 2022 (Demers, S. , 2021). Pourtant, il n’y a pas de définition reconnue universellement pour le qualificatif « bio-identique ». Il s’agirait, selon Timothy Rowe, professeur au département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université de la Colombie-Britannique, d’une expression marketing aux résonances scientifiques et naturelles (Rowe, T., Journal d’obstétrique et gynécologie du Canada, 2016). Sans compter que les connaissances sur ces hormones reposent sur un minimum d’études qui concluent à un manque de preuves face à leurs utilités cliniques (Paré, I., 2022, Le Devoir).

Selon des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), en 2021, plus de 1,94 million d’ordonnances d’hormones bio-identiques ont été faites par les pharmaciens comparativement à 1,23 million d’ordonnances d’hormones conventionnelles. Face à ces chiffres : pourquoi les hormones bio-identiques sont-elles perçues comme LA solution miracle pour contrer certains symptômes de la ménopause tels que des menstruations irrégulières, des bouffées de chaleur, des maux de tête, des difficultés de concentration et des troubles de sommeil allant jusqu’à l’insomnie ? En gros, les hormones bio-identiques sont perçues par leurs utilisatrices comme étant plus sécuritaires, plus naturelles et plus efficaces que l’hormonothérapie conventionnelle. D’origine généralement végétale, souvent de la fève de soya, les préparations d’œstrogènes* et de progestérones* bio-identiques nécessitent toutefois un traitement chimique pour extraire les hormones appropriées et les stabiliser. Malgré leur qualificatif bio-identique, ces hormones restent synthétiques.

La mauvaise réputation de l’hormonothérapie conventionnelle

L’essai clinique de la Women’s Health Initiative (WHI) mené sur des femmes ménopausées recrutées dans les années 1990 et qui s’est étalée sur 20 ans, a entraîné une méfiance face à l’hormonothérapie conventionnelle. Le premier volet de cette étude a fait ressortir que la prise d’œstrogènes équins conjugués* avec de la progestérone augmentait le risque de développer un cancer du sein chez les femmes qui avaient un utérus. Quant au deuxième volet, celui-ci a soulevé le fait que la prise d’œstrogènes seuls augmentait le risque d’accidents vasculaires cérébraux* (AVC) chez les femmes qui n’avaient plus d’utérus. Ces conclusions ont provoqué une chute drastique des prescriptions d’hormonothérapie conventionnelle et ce, jusqu’à aujourd’hui. Même que la prise d’hormones sous forme de pilule a diminué après cette recherche. Parallèlement à cela, le nombre d’ordonnances d’hormones sous forme de crème ou de gel ainsi que le nombre d’ordonnances d’hormones dites bio-identiques ont augmenté chez les femmes susceptibles d’avoir des caillots sanguins.  

Les limites des recherches

En ce qui concerne la WHI, plusieurs facteurs ont affecté les résultats dont le type d’œstrogènes ou de progestatifs spécifique utilisé, la durée du traitement ainsi que les caractéristiques du groupe de femmes traitées, c’est à dire celles avec ou sans utérus.  Les limites des caractéristiques se situent surtout sur le plan de l’âge et du manque de diversité ethnique des participantes. L’inclusion de femmes de plus de 70 ans a biaisé les résultats de cette étude puisque le risque de développer un cancer du sein augmente avec l’âge. Ainsi, alors que les résultats de la WHI diffèrent selon le groupe d’âge, l’interprétation de ceux-ci a été effectuée sans égard aux différents groupes d’âge. Rappelons que l’âge moyen de la ménopause se situe autour de 52 ans et que la péri-ménopause, soit la phase de transition qui précède la ménopause, peut durer de 24 à 36 mois. Contrairement aux résultats de la WHI, des recherches plus récentes ont clairement montré que la prise d’œstrogènes équins conjugués à long terme est efficace dans le traitement des symptômes reliés à la ménopause. Ceci est particulièrement vrai chez les femmes de moins de 60 ans ou qui sont dans leurs 10 premières années de ménopause. L’œstrogène peut avoir un effet protecteur s’il est pris avant l’âge de 60 ans et en début de ménopause. D’ailleurs, des hormones sous forme de crème ou de gel sont recommandées aux femmes de plus de 60 ans qui aimeraient commencer une hormonothérapie (conventionnelle ou bio-identique) puisque l’absorption des hormones par la peau limiterait les problèmes cardiovasculaires chez cette tranche d’âge. Sur le plan de la diversité, les risques de cancer et d’AVC changent selon l’ethnicité. Une grande majorité des participantes de la WHI s’identifiaient comme étant blanches. Il faut donc faire attention aux conclusions de cette étude qui ne reflètent pas la population dans son ensemble. Et à propos des hormones bio-identiques, il manque de données montrant leur innocuité*, leur efficacité, leur utilisation et leur coût.

Méfiance et frustration envers la gestion de la ménopause

Autant les professionnels de la santé que les femmes ont perdu confiance en l’hormonothérapie conventionnelle et cherchent, depuis l’essai clinique de la WHI, d’autres alternatives. La méfiance face aux hormones conventionnelles s’explique par : 1) la peur et l’incertitude face à la sécurité de ce type d’hormonothérapie, 2) une forte aversion pour les œstrogènes conjugués, et 3) une méfiance générale envers le système médical, lequel est perçu comme n’étant pas attentionné aux préoccupations des femmes et trop dépendant des produits pharmaceutiques. Devant la discordance des informations sur ce qui peut soulager les symptômes de la ménopause, les femmes ont tendance à se tourner vers leurs pairs. Plusieurs femmes vantent l’efficacité des hormones bio-identiques pour traiter leurs symptômes reliés à la ménopause. De récents sondages suggèrent que les femmes qui s’éduquent sur les hormones bio-identiques le font grâce aux médias sociaux, au marketing disponible sur internet, aux célébrités et aux publicités à la télévision. De ces sources, il ressort qu’il n’existe pas de solution universelle à l’ensemble de la population féminine en ce qui concerne la gestion des symptômes de la ménopause par les hormones bio-identiques. Puisque chaque femme est unique, la réponse aux produits conçus pour minimiser les symptômes la sera également. 

Prendre en charge sa ménopause

Actuellement, les femmes sont très engagées dans la gestion de leur ménopause et cherchent des alternatives aux méthodes pharmaceutiques conventionnelles. Face à l’incertitude entourant l’hormonothérapie (conventionnelle ou bio-identique), elles partagent leurs expériences, leurs priorités et leurs préférences de traitements à leurs médecins, leurs amies et leurs pairs. Les médecins devraient discuter des avantages et inconvénients de l’hormonothérapie (conventionnelle ou bio-identique) et prendre en considération la ou les raisons pour lesquelles ils et elles la prescrivent. En gros, les risques et bénéfices d’une hormonothérapie (conventionnelle ou bio-identique) changent d’une femme à l’autre. D’où la nécessité d’avoir des discussions entre patiente et médecin avant de consentir aux traitements. Et, il faudra peut-être quelques essais et erreurs avant de trouver le bon traitement.

Lexique

Accidents vasculaires cérébraux : Perte soudaine de la fonction cérébrale.

Hormones conventionnelles : Un mélange d’œstrogènes produits à partir de l’urine de juments enceintes et de l’acétate de médroxyprogestérone donné sous forme de pilules.

Innocuité : Caractère de ce qui n’est pas toxique, nocif.

Progestérone : Hormone stéroïde sécrétée par le corps jaune de l’ovaire, qui a la propriété de rendre la muqueuse utérine apte à la nidation, au maintien et au développement de l’œuf fécondé.

Œstrogène : Hormone sécrétée par l’ovaire et dont le taux sanguin, en augmentant, joue un rôle dans l’ovulation.

Œstrogènes équins conjugués : Préparation pharmaceutique contenant une mixture d’œstrogènes conjugués solubles dans l’eau, entièrement ou partiellement dérivés de l’urine de juments gestantes ou synthétisés de l’œstrone et de l’équiline.

Découvre l'autrice

Marie-Ève Arsenault

Marie-Ève est diplômée d’un baccalauréat en sciences infirmières de l’Université Laval. Après plus d’une décennie en services à la clientèle, elle a décidé de poursuivre des études dans le cadre d’une maîtrise en communication à l’UQAM. Sa passion pour la communication a débuté avec un micro-programme en santé publique à l’Université de Montréal. Ce diplôme lui a permis d’écrire des articles pour la rubrique « L’OIIQ vous répond » dans Perspective Infirmière, soit une revue professionnelle, ainsi que des articles web sur le site de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Ses intérêts d’études gravitent autour de la communication organisationnelle et la communication en santé.

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