Commotion autour du bisphénol A

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Marilou Lemire

Étudiante au baccalauréat en psychologie

Commotion autour du bisphénol A

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Marilou Lemire

Étudiante au baccalauréat en psychologie

Le bisphénol A (BPA) a fait les manchettes au début des années 2000 alors que les scientifiques agitaient le drapeau rouge concernant sa possible toxicité. Actuellement, les chercheur.e.s ont lié le BPA à des problèmes de santé comme le diabète et l’obésité, mais aussi à des effets néfastes sur le développement et la structure du cerveau. Cependant, l’état actuel des connaissances repose majoritairement sur des études animales et n’est pas encore en mesure de prouver ces effets sur le corps humain.

Faire à sa tête est une plateforme de partage des savoirs ayant pour objectif d’informer le grand public sur la pollution et la santé du cerveau. En collaboration avec un ensemble de scientifiques et d’experts en vulgarisation scientifique au Québec, l’équipe Faire à sa tête est principalement composée d’étudiant.e.s universitaires en santé environnementale qui ont à cœur le transfert des connaissances. Cette initiative lancée par Dave Saint-Amour, professeur au département de psychologie à l’UQAM, et financée par le programme DIALOGUE du Fonds de recherche du Québec, a également pour but d’agir contre la désinformation. Faire à sa tête se veut une ressource de contenus véridiques, crédibles, vulgarisés et accessibles dans un esprit de dialogue centrée sur les questionnements des citoyen.enne.s. 

Depuis plus d’un siècle, le bisphénol A est reconnu comme étant un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire une substance chimique qui perturbe le fonctionnement interne de l’organisme en mimant l’effet des hormones dans le corps. Malgré cette propriété, le BPA est utilisé dans l’emballage de plusieurs articles utilisés au quotidien. On le retrouve notamment dans le polycarbonate, un plastique résistant et transparent utilisé dans plusieurs emballages. Il se niche également dans le recouvrement intérieur de certaines boites de conserve, des produits embouteillés et des matériaux médicaux et dentaires. L’an dernier, Santé Canada a dévoilé qu’environ 8 Canadien.ne.s sur 10 avaient des traces de BPA dans leur urine. Bien qu’encore à ce jour Santé Canada soutient que l’exposition quotidienne des Canadien.ne.s au BPA est sans danger, le BPA préoccupe les chercheur.e.s qui travaillent d’arrache-pied pour démystifier ses effets sur la santé globale et sur la santé du cerveau.

Microparticules à l’assaut de notre organisme

L’exposition quotidienne au BPA fait en sorte que ce contaminant se glisse facilement dans le corps. En effet, les liens qui unissent les molécules de BPA sont fragiles. Ainsi, avec le temps ou la chaleur, les molécules se détériorent et des microparticules se détachent des contenants. En conséquence, des microparticules de BPA peuvent facilement s’introduire dans l’organisme lors de la consommation d’aliments en conserve ou d’eau embouteillée. Des microparticules entrent également dans l’organisme par les pores de peau lors d’un contact avec certains produits qui contiennent du BPA, comme les reçus de caisse.

Impacts sur le système nerveux central

Récemment, les scientifiques s’intéressent à la possible neurotoxicité du BPA, c’est-à-dire à sa capacité de produire des effets nuisibles sur le cerveau. En effet, une exposition au BPA engendrerait le rétrécissement des neurites, soit les branches des neurones qui leur permettent de communiquer et de s’organiser entre elles. D’autres études suggèrent qu’une exposition au BPA avant la naissance peut également causer des anomalies, dans les connexions entre les neurones des fœtus et, ainsi, modifier le développement de différentes structures cérébrales.

Ces anomalies structurelles peuvent se traduire par des altérations du fonctionnement cognitif. Certains scientifiques ont documenté une association entre le BPA et l’augmentation du niveau d’anxiété. De plus, des altérations de la mémoire spatiale, soit la faculté de s’orienter dans l’environnement, ont aussi été rapportées. L’exposition au BPA avant la naissance a été modiquement liée à un abaissement de la capacité de planification et d’organisation ainsi que de la mémoire de travail, c’est-à-dire la capacité de maintenir et de manipuler une information captée afin de s’en servir. C’est d’ailleurs la mémoire de travail qui permet de se rappeler du début de cette phrase.

Conséquences sur l’organisme

Plusieurs études suggèrent que les microparticules de BPA qui circulent dans l’organisme peuvent influencer le corps. Par contre, les scientifiques ne s’entendent ni sur l’exposition minimale au BPA pour qu’il y ait des effets néfastes, ni sur la dangerosité de ceux-ci.

Bien qu’il n’existe aucun consensus scientifique, les possibles liens entre l’exposition au BPA et l’obésité, le diabète et certaines maladies cardiaques ont été soulevés dans plusieurs études. Des chercheur.e.s ont également relevé un lien entre le BPA et des dysfonctionnements du système reproducteur ainsi que de la glande thyroïde, la plus grande glande responsable de la production d’hormones.

Légiférer n’est pas un jeu d’enfant

En octobre 2008, le Canada a été le premier pays à interdire l’utilisation du BPA dans les biberons, en réaction à un rapport sur le BPA du National Toxicology Program (NTP), un programme américain composé d’expert.e.s internationaux en toxicologie. Ce rapport a souligné plusieurs inquiétudes des scientifiques quant aux effets néfastes du BPA sur l’organisme, notamment sur le développement neurologique des fœtus et des nourrissons. Plusieurs autres pays comme les États-Unis, l’Australie et certains pays de l’Union européenne ont d’ailleurs emboité le pas à la suite de cette annonce.

Malgré les préoccupations soulevées par les experts du NTP concernant les effets du BPA sur les adultes, aucune loi ne régit l’utilisation de ce contaminant dans les produits commerciaux autres que ceux pour enfants. La principale raison de cette retenue en matière de légifération réside dans le manque d’études chez les humains. En effet, les recherches ont généralement été réalisées sur des animaux comme des rongeurs. Bien que les scientifiques puissent, dans une certaine mesure, extrapoler les effets observés chez les animaux à l’humain, les conclusions ne peuvent être entièrement retenues.

Chemist checking and testing plastic dishes

Défis de la recherche sur les humains

La recherche sur les humains implique plusieurs défis qui expliquent l’absence d’études qui puissent fournir des données sans équivoque. En effet, pour des raisons d’éthique, les chercheur.e.s ne peuvent pas délibérément exposer des humains au BPA au nom de la science. Par ailleurs, le BPA a une durée de vie très courte, c’est-à-dire qu’il disparait de l’organisme en quelques heures seulement. Il est donc difficile d’évaluer l’exposition réelle quotidienne d’un individu au contaminant à partir d’un échantillon d’urine, puisque la quantité de BPA en circulation dans le corps peut se modifier rapidement. Comme les résultats des recherches sur l’humain se basent essentiellement sur la concentration de BPA retrouvée dans l’urine, les résultats obtenus ne sont pas suffisamment fiables pour se prononcer quant à sa toxicité réelle.

Réduire son exposition

La bonne nouvelle est que quelques petits changements quotidiens peuvent réduire l’exposition au BPA. À ce propos, les Canadien.ne.s sont sur la bonne voie puisque Statistique Canada a révélé que leur exposition au BPA a diminué d’environ 32 % entre 2009 et 2017.
Les Canadien.ne.s peuvent réduire leur exposition en privilégiant la consommation d’aliments frais ou congelés à la place d’aliments en conserve. Il.elle.s peuvent également réchauffer leurs aliments dans des contenants de céramique, de verre ou de porcelaine à la place de contenants en plastique de polycarbonate. D’ailleurs, les différents types de plastique sont catégorisés et numérotés selon leur composition. Les plastiques de type polycarbonate, qui sont donc susceptibles de contenir du BPA, arborent le #7 ou la mention « PC », pour polycarbonate. Ainsi, éviter de consommer des aliments emballés dans des plastiques #7 est une autre stratégie. Bien que la mention « sans BPA » ou « BPA free » se retrouve sur plusieurs produits commerciaux, elle n’est pas la meilleure solution. Cette mention peut procurer un faux sentiment de sécurité, car certaines industries remplacent le BPA par des dérivés comme le bisphénol F (BPF) ou le bisphénol S (BPS). Des chercheur.e.s soupçonnent que ces dérivés peuvent avoir des effets semblables au BPA sur la santé, notamment sur les hormones. Il est donc plus sécuritaire d’utiliser des contenants de céramique ou de verre.

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1 Comment

  1. Arielle dit :

    En plus de nous contextualiser la problématique entourant le BPA, on nous laisse des pistes de solution à mettre facilement en place dans son quotidien! Simplement excellent!

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