Arsenic entre tête et mer

Marilou Lemire

Étudiante au baccalauréat en psychologie

Arsenic entre tête et mer

Marilou Lemire

Étudiante au baccalauréat en psychologie

La consommation d’eau ou d’aliments contaminés à l’arsenic peut engendrer des effets nocifs sur la santé. Les scientifiques ont notamment constaté que l’arsenic est neurotoxique, c’est-à-dire qu’il a des impacts nuisibles sur le cerveau en s’attaquant aux neurones et à leur système de communication. D’ailleurs, des maladies neurologiques comme l’Alzheimer et le Parkinson ainsi que des problèmes cognitifs ont été associés à l’arsenic.

L’arsenic a fait la manchette avec l’Abitibi en 2019 alors qu’un rapport a dévoilé que l’on retrouvait quatre fois plus d’arsenic dans les ongles des citoyen·nes du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda que dans les ongles de leurs voisins de la ville d’Amos. Dans la même année, un second rapport a soulevé un lien entre le taux d’exposition à l’arsenic des résident·es du quartier Notre-Dame et la proximité de leur domicile avec la fonderie Horne. Cette industrie de modelage de métaux relargue 67 fois plus d’arsenic que le taux de relâchement autorisé. Ailleurs dans le monde, l’arsenic retient aussi l’attention puisqu’ « un milliard d’humains sont exposés à l’arsenic par leur nourriture et plus de 200 millions l’ingèrent par l’eau contaminée à des concentrations plus grandes que celle recommandée par les standards internationaux. »

D'où vient-il?

L’arsenic est un élément naturel que l’on retrouve dans la croute terrestre. Les mouvements de l’eau usent les roches qui libèrent des particules d’arsenic. Ce phénomène, appelé érosion, est à l’origine d’un des plus gros enjeux reliés à ce métalloïde, soit sa préoccupante présence dans l’eau potable. Au Canada, les concentrations moyennes d’arsenic dans l’eau potable sont d’environ 5 microgrammes/L, représentant environ neuf grains de sel dans un bain moyen. Cette concentration est sous la norme de 10 microgrammes/L dictée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Cependant, certains pays comme le Bangladesh, la Chine, l’Inde et le Mexique retrouvent des taux alarmants pouvant atteindre les 50 microgrammes/L. Qui plus est, ces eaux contaminent les aliments comme le riz, le blé, les poissons, les coquillages ou même certains fruits comme les pommes. Ainsi, afin de contrôler l’exposition de la population à l’arsenic, ces aliments qui poussent ou sont en contact avec l’eau contaminée sont soumis aux normes de Santé Canada pour être vendus au pays.

Outre sa présence dans l’eau, l’arsenic se retrouve dans l’air, notamment en raison des émissions industrielles. Des mesures législatives contrôlant les émissions sont souvent mises en place par les villes pour protéger la population, comme c’est le cas à Rouyn-Noranda. La fonderie Horne était toutefois autorisée à dépasser la norme légale puisque cette limite a été établie en 2011 et que la fonderie était déjà en activité depuis 1927. Toutefois, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec a commandé à la fonderie d’établir un plan d’action pour réduire ses émissions d’arsenic.

Des neurones pris d’assaut

Plusieurs scientifiques soutiennent qu’une exposition à l’arsenic peut entrainer une dégénération des neurones, soit les cellules du cerveau. En effet, l’arsenic a des propriétés oxydatives, c’est-à-dire que son contact avec les neurones entraine des changements cellulaires qui les abiment, comme une pomme noircit au contact de l’air. L’arsenic peut, par exemple, endommager la membrane de la cellule ou effriter la myéline, soit l’isolant qui recouvre les branches du neurone et qui permet à la communication neuronale d’être rapide et efficace. Ces altérations nuisent au bon fonctionnement du neurone et peuvent même le détruire, lui qui, une fois mort, est irremplaçable.

Par ailleurs, l’arsenic serait en mesure de s’accumuler dans certaines régions du cerveau et perturberait particulièrement les systèmes d’acétylcholine et de dopamine. Ces deux molécules sont des neurotransmetteurs, c’est-à-dire des substances chimiques qui permettent aux neurones de communiquer entre eux et d’agir pour le bon fonctionnement de l’organisme. L’acétylcholine est surtout associée à la mémoire alors que la dopamine est surtout associée au contrôle du mouvement et au système interne de récompense. Ce dernier est le système récompensant les comportements qui favorisent le bien-être de l’organisme, comme celui de boire de l’eau lorsqu’on est assoiffé.e. Il s’avère que l’arsenic aurait des effets négatifs sur la mémoire, l’apprentissage et les fonctions motrices. D’ailleurs, l’exposition à l’arsenic a été récemment liée au Parkinson et l’Alzheimer, deux maladies causées par la mort de neurones et touchant respectivement la mémoire et les troubles moteurs. Une des hypothèses suggère que l’arsenic aurait un impact sur le développement des protéines tau et amyloïde, deux protéines dont la perturbation est à l’origine de la maladie d’Alzheimer.

Les chercheur·es ont également soulevé l’influence de l’arsenic sur des troubles psychologiques comme la dépression et l’anxiété. Pour expliquer ces liens, les scientifiques émettent l’hypothèse que l’arsenic aurait la capacité de perturber l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) impliqué dans les réponses au stress ainsi que la concentration de sérotonine, un neurotransmetteur intimement lié à la dépression.

Chez l’humain, ce sont les enfants qui sont les plus vulnérables aux effets d’une exposition à l’arsenic. En effet, comme ils sont petits, qu’ils consomment beaucoup d’eau et que leur système digestif immature est plus absorbant, ils absorberaient davantage ce métal. D’autant plus, comme leur cerveau est immature, une exposition à l’arsenic avant la naissance ou pendant l’enfance peut nuire au développement de leur cerveau. De plus, un lien entre l’arsenic et une baisse du quotient intellectuel (QI), des habiletés verbales ainsi que des problèmes de mémoire et d’attention a été rapporté.

De possibles solutions à la neurotoxicité

Bien que l’intoxication à l’arsenic soit toujours un enjeu, diverses recherches mettent en lumière des substances pouvant contrer ou diminuer certains de ses effets néfastes sur la santé. Ces substances, comme la curcumine et le sélénium, ont des propriétés antioxydantes qui empêchent la détérioration des cellules causée par l’arsenic, comme le citron empêche la pomme de noircir. Outre la recherche sur ces types de substances protectrices, des mesures gouvernementales sont prises afin de minimiser l’exposition de la population. Même si l’arsenic se retrouve dans beaucoup de nos aliments, Santé Canada soutient qu’il n’y pas lieu de s’inquiéter et recommande de suivre le guide alimentaire canadien.

Lexique

Métalloïde : Élément ne partageant que quelques propriétés avec les métaux.

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Marilou Lemire

Marilou est étudiante au baccalauréat en psychologie. Elle s’intéresse plus précisément à la santé du cerveau et aspire à compléter un doctorat en neuropsychologie dans quelques années. Amoureuse d’écriture et de neurone, elle combine présentement ses passions en rédigeant des articles sur les effets neuropsychologiques des contaminants environnementaux.

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1 Comment

  1. Luc Belhumeur dit :

    Bonjour Marilou,

    Grand merci pour l’article, j’imagine que les normes pour le taux d’arsenic dans l’air sont beaucoup moins élever dans des pays comme la Chine. que l’on passe de 200 à 100 rapidement à 60 puis 39 serait surement un bonne investissement au lieu de simplement ordonner la fermeture de tel usine au Québec comme propose certaine personnes.

    Luc B 🙂 J’avais une réflexion à se sujet suite au reportage que j’ai vue à RC tantôt (26-07-2022)

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