Traumatisme craniocérébral : vers une inclusion intergénérationnelle

Megan Veilleux (elle)

Étudiante à la maîtrise en sciences de la réadaptation

Traumatisme craniocérébral : vers une inclusion intergénérationnelle

Megan Veilleux (elle)

Étudiante à la maîtrise en sciences de la réadaptation

Les personnes vieillissant avec un traumatisme craniocérébral doivent composer avec une double stigmatisation et un isolement social. Grâce aux avancées en médecine et en réadaptation, elles vivent désormais plus longtemps. Mais vieillir avec les séquelles d'un traumatisme, c'est aussi faire face à des défis supplémentaires, qui compliquent parfois les interactions et la participation à la vie communautaire. Pourtant, certaines solutions prometteuses pour soutenir leur participation sociale sont à portée de main. Parmi elles, les occasions de rencontres entre générations pourraient devenir un levier concret pour briser l’isolement et favoriser un vieillissement en santé.

De nombreuses personnes vivant avec un traumatisme craniocérébral voient leurs occasions de participer à la vie sociale diminuer. Les liens se fragilisent, les activités deviennent plus difficiles et certains lieux finissent par sembler inaccessibles. Et cette réalité est bien plus répandue qu’on ne le pense. Chaque année, des milliers de Québécois et Québécoises subissent un traumatisme craniocérébral, c’est-à-dire une blessure au cerveau causée par un coup ou un impact à la tête, qui peut laisser des traces parfois invisiblesmais bien réelles. Entre 2018 et 2023, ce sont plus de 823 000 personnes qui ont abouti à l’urgence au Canada pour ce type de traumatisme, soit plus de 137 000 visites chaque année. Celles-ci doivent composer avec des séquelles qui rendent le quotidien parfois plus compliqué. Une fatigue qui arrive vite, des mots qui se perdent, des souvenirs qui s’échappent et des bruits de fond qui deviennent vite étourdissants font partie des défis qui s’invitent sans prévenir et demandent des ajustements constants. Grâce aux avancées médicales, plusieurs voient leur espérance de vie augmenter. Mais pour celles et ceux qui vieillissent avec un traumatisme craniocérébral, c’est un peu comme si le compteur du vieillissement s’emballait, précipitant l’arrivée de défis que l’on croyait encore loin. Ces défis peuvent prendre la forme d’oublis plus fréquents, de difficultés à se concentrer ou à apprendre de nouvelles choses, comme retenir un nouveau numéro de téléphone. À cela s’ajoute une double stigmatisation, soit celle liée à l’âge et celle liée au handicap. Cela limite leur participation sociale, pourtant essentielle pour leur bien-être et leur santé. De simples initiatives humaines, comme les activités intergénérationnelles, pourraient offrir à ces personnes l’occasion de retrouver leur place dans la communauté, en créant de nouveaux liens et en brisant l’isolement auquel elles sont trop souvent confrontées. 

Les activités intergénérationnelles : un levier sous-exploité

Les activités intergénérationnelles, qu’il s’agisse d’ateliers de cuisine, de projets artistiques, de jardinage ou de discussions informelles, sont largement reconnues pour leur capacité à briser l’isolement et à favoriser l’entraide entre jeunes et aînés. Elles permettent le partage d’expériences, la transmission de savoirs et une réduction des stéréotypes face aux autres générations. Bien plus qu’un simple loisirces rencontres permettent de tisser des liens inattendus et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté. Que ce soit un adolescent qui échange avec une personne âgée sur ses projets, ou un aîné qui initie un groupe de jeunes au tricot ou à la cuisine traditionnelle : ces moments de proximité humaine ont fait leurs preuves pour améliorer le bien-être et favoriser l’ouverture à l’autre. Toutefois, le potentiel des activités intergénérationnelles demeure largement inexploité auprès des personnes vieillissant avec un traumatisme craniocérébral. 

Et si raconter pouvait inspirer?

Devant tous ces bienfaits, on peut se demander ce que ces activités pourraient offrir aux personnes vieillissant avec un traumatisme craniocérébral. Ce potentiel a récemment fait l’objet de réflexions et d’échanges avec celles et ceux directement concernés. Dans les discussions, une constante se dégage : ces activités suscitent un intérêt. L’idée de rencontrer des jeunes pour échanger et discuter du quotidien suscite de l’enthousiasme. Certains y voient un moyen de regagner confiance et de transmettre leur expérience en lien avec le traumatisme craniocérébral. D’autres espèrent y retrouver un sentiment d’utilité sociale. Du côté des plus jeunes, ces rencontres sont perçues comme porteuses d’espoir. Elles montrent qu’il est possible de s’adapter et de maintenir des liens, malgré les épreuves.

 

« Je trouve ça valorisant qu’on me demande mon opinion, […] que les jeunes s’intéressent à mes connaissances. » (homme vieillissant avec un traumatisme craniocérébral).

Des occasions précieuses pour les organismes

L’intérêt se fait également sentir du côté du milieu communautaire. Ces activités sont vues comme des occasions privilégiées pour sensibiliser aux multiples réalités, souvent méconnues, du traumatisme craniocérébral. Plusieurs y voient également une occasion de déconstruire les stéréotypes qui entourent le handicap. Par exemple, l’idée que ces personnes seraient forcément agressives, incapables de tenir une conversation normale, dépendantes des autres pour tout ou encore qu’elles n’auraient plus rien à apporter à la société. Le potentiel de ces activités pour bâtir des ponts entre les générations et ainsi renforcer la cohésion sociale au sein des organismes communautaires et même au-delà ressort avec force. On y voit une occasion pour les membres des organismes communautaires de créer des liens durables, qui se prolongent au-delà des murs de l’organisation. Cela peut alléger la charge des personnes intervenantes et proches aidantes, tout en favorisant des échanges spontanés et une dynamique de groupe plus autonome.

Des ajustements essentiels pour réussir

Si l’idée séduit, elle n’est pas sans défis. La diversité des séquelles associées au traumatisme craniocérébral, allant des difficultés de concentration à la surdité, exige des ajustements souples et adaptés à chaque personne. Il ressort des discussions qu’il serait essentiel de privilégier des activités flexibles et bien encadrées où un accompagnement personnalisé est offert. Impliquer les personnes vivant avec un traumatisme craniocérébral dans le choix des activités semble également être une condition gagnante. Le besoin de lieux rassurants, connus et accessibles, où elles se sentent en confiance figure aussi parmi les conditions essentielles à réunir

 

Ces activités pourraient jumeler des personnes avec et sans traumatisme craniocérébral, pour favoriser l’inclusion. Pour que ces échanges soient naturels et respectueux, il importe de bien préparer les personnes participantes à ces rencontres. Mieux les individus sans traumatisme craniocérébral comprendront les particularités et les besoins des personnes vivant avec un traumatisme craniocérébral, plus les interactions seront fluides et enrichissantes. Une sensibilisation en amont, tant au traumatisme craniocérébral qu’à l’âgisme*, permettrait de créer un climat bienveillant propice au développement de liens et à la diminution des risques de discrimination.

 

« Puis ça, ça transcende les incapacités, on parle aussi d’âgisme*, […] etc. Donc tout ce qui est préjugés potentiels, qui peuvent être transmis dans la façon dont on communique, je pense qu’il faut sensibiliser les gens à ça aussi. » (Experte du domaine académique se spécialisant dans les pratiques intergénérationnelles).

Une communauté où chacun a sa place

Et si rapprocher les générations était bien plus qu’un simple moment de partage? En multipliant les espaces de dialogue, c’est tout un regard sur le vieillissement et la différence qu’on pourrait transformer. Une invitation à bâtir une société plus inclusive, parce qu’au fond, chaque parcours mérite d’être entendu.

Lexique

Découvre l'autrice

Megan Veilleux (elle)

Megan est étudiante à la maîtrise en sciences de la réadaptation à l’Université Laval sous la supervision du Pr Samuel Turcotte et de la Pre Marie-Christine Ouellet. Détentrice d’un baccalauréat en psychologie, elle s’intéresse depuis le début de son parcours universitaire aux questions liées au vieillissement. Elle se consacre actuellement à la participation sociale des personnes vieillissant avec un traumatisme craniocérébral grâce à la précieuse collaboration de ses partenaires principaux de recherche Servio ainsi qu’Intergénérations Québec et à l’inestimable soutien du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (Cirris), du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), de Participation sociale et villes inclusives (PSVI), des Fonds Relève et Avancement en réadaptation de l’Université Laval ainsi que des Fonds de recherche du Québec (FRQ). Quand elle n’est pas plongée dans ses lectures, vous la trouverez probablement à soulever des poids dans une salle d’entraînement.

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