Avez-vous déjà vécu ce moment frustrant où le mot parfait vous échappe? Vous savez exactement ce que vous voulez dire, mais rien ne sort? Ce phénomène, appelé anomie, peut simplement refléter une fatigue passagère. Toutefois, imaginez si cette difficulté à trouver vos mots était constante, transformant la communication en un effort quotidien. C’est la réalité pour de nombreuses personnes atteintes de maladies neurodégénératives, de troubles du langage acquis à la suite d’un traumatisme cérébral ou d’un accident vasculaire cérébral. Pour ces personnes, l’anomie n’est pas un simple désagrément. C’est une barrière qui peut rendre la vie sociale incroyablement difficile. Les patients et patientes suivent traditionnellement des séances d’orthophonie pour retrouver les mots perdus. Ce processus est souvent long et ardu. Et si on pouvait directement stimuler le cerveau pour remettre les connexions en ordre et aller au-delà des thérapies utilisées?
C’est ici que la stimulation cérébrale non invasive* entre en scène. Visualisez un outil capable d’envoyer des signaux magnétiques ou électriques doux directement dans votre cerveau afin d’aider à réorganiser les connexions qui sont endommagées. La stimulation magnétique transcrânienne fonctionne en générant des champs magnétiques à l’aide d’une bobine de cuivre placée sur la tête. Ces champs magnétiques induisent des courants électriques dans des zones spécifiques du cerveau, activant ou désactivant temporairement certaines fonctions. Par exemple, la stimulation des zones responsables de la production orale de la parole peut augmenter le nombre de mots produits chez les personnes atteintes de troubles acquis du langage. La stimulation transcrânienne par courant continu, quant à elle, utilise des courants électriques de faible intensité pour moduler l’activité cérébrale. En ajustant la force et la durée des courants, les personnes chercheuses encouragent les neurones à se reconnecter et à reprendre leur fonction.
Un coup de pouce à l’orthophonie
Ce qui rend ces méthodes encore plus intéressantes, c’est leur potentiel pour booster les résultats de la thérapie d’orthophonie. Plusieurs études ont montré que la stimulation cérébrale non invasive couplée à des séances d’orthophonie peut non seulement améliorer la récupération du langage chez les patient·e·s souffrant de troubles du langage comme l’aphasie, mais aussi maintenir des résultats à long terme. Certaines études montrent que même lorsque la stimulation cérébrale non invasive est utilisée sans thérapie complémentaire, elle peut entraîner des améliorations notables du langage. C’est comme donner un coup de fouet au cerveau pour le pousser à créer de nouvelles connexions.
Mais pourquoi est-ce si difficile de retrouver ses mots ?
Le langage repose sur un réseau complexe de neurones et de régions cérébrales qui travaillent en harmonie pour nous permettre de transformer des pensées en mots. Selon quelques neuroscientifiques, ce processus repose sur deux voies principales dans le cerveau : la voie sémantique et la voie phonologique. La voie sémantique s’occupe du sens des mots et des concepts. C’est elle qui nous permet de comprendre ce que signifie un mot comme “pomme”, en identifiant ses caractéristiques : la couleur rouge vif, le goût sucré, la texture croquante. Sans cette voie, nous serions perdus dans un océan de mots sans contexte. La voie phonologique, quant à elle, est le chef d’orchestre des sons du langage. C’est grâce à elle que nous pouvons décomposer un mot comme “pomme” en ses composants sonores : “p-o-m-m-e”. Elle organise ces sons pour créer des mots qui ont un sens. Ces deux voies sont au cœur du fonctionnement du langage. Elles travaillent ensemble, se connectant et interagissant avec de nombreuses parties du cerveau pour produire et comprendre les mots.
Lorsqu’une ou les deux voies sont endommagées, le langage est alors impacté. Cela peut entraîner des silences, des substitutions de mots comme « poire » pour « pomme » ou des altérations dans les sons comme « pamme » pour « p-o-m-m-e ». Les orthophonistes, grâce à des thérapies ciblées, tentent de réactiver ces voies pour restaurer le langage. Cependant, c’est un processus qui demande du temps et beaucoup d’efforts. C’est pourquoi la communauté scientifique s’unit pour explorer de nouvelles approches thérapeutiques.
Alors que la recherche avance, nous commençons à comprendre que le cerveau a des ressources extraordinaires pour se réinventer. Les techniques de stimulation cérébrale non invasive, associées à des approches thérapeutiques traditionnelles, pourraient ouvrir de nouvelles voies pour le traitement des troubles du langage. Bien que le défi reste immense, les résultats sont prometteurs. Au-delà de la restauration de la parole, la stimulation cérébrale permet également d’explorer de nouvelles frontières de la cognition humaine. La possibilité de préserver nos fonctions cognitives pour maintenir une qualité de vie optimale au fil des années devient de plus en plus tangible. En embrassant cette ère passionnante de la recherche, de nouvelles perspectives captivantes s’ouvrent pour l’avenir de la cognition et du langage.
Lexique
Stimulation cérébrale non invasive : La stimulation cérébrale non invasive fait référence à des techniques qui activent ou modulent l’activité cérébrale sans nécessiter de procédures invasives telles que la chirurgie. Ces techniques peuvent inclure l’utilisation de champs magnétiques, de courants électriques faibles ou d’autres formes d’énergie pour influencer l’activité neuronale à travers le crâne.
Découvre l'autrice

Manon Spigarelli
Manon est candidate au doctorat en sciences de la réadaptation à l'Université Laval, où elle s'intéresse aux effets de la stimulation cérébrale sur la récupération du langage. Quand Manon n'est pas en séance ou en pleine rédaction, elle apprécie particulièrement la course à pied et trouve son équilibre lors de randonnées en bivouac à la montagne.